Italie 1982, la parenthèse enchantée

Italie 1982, la parenthèse enchantée

11 juillet 2022 2 Par Richard Coudrais

C’était il y a 40 ans. Le 11 juillet 1982 à Madrid, l’équipe d’Italie remporte la Coupe du monde alors qu’elle ne figurait pas vraiment parmi les favorites.


La victoire de l’Italie à la Coupe du monde 1982 fut un miracle. Certes, la Nazionale dirigée par Enzo Bearzot a battu les trois meilleures équipes du monde en treize jours, est sortie invaincue du tournoi et son avant-centre a terminé meilleur buteur. Toutefois, cette parenthèse enchantée a eu lieu au beau milieu d’une longue période de résultats peu probants.


Une oasis espagnole


Lorsqu’elle commençait son tournoi à Vigo le 14 juin contre la Pologne, l’Italie n’avait plus remporté le moindre match depuis six mois et encore était-ce un petit 1-0 face au Luxembourg. Après la finale de Madrid, l’équipe italienne ne remportera plus le moindre match jusqu’en octobre 1983. Et au milieu de ce désert, une oasis de victoires inattendues marquée par le réveil d’un joueur banni en cours de rédemption.

Mi-1982, l’embellie du Mundial argentin était déjà loin. L’équipe d’Enzo Bearzot avait manqué l’Europeo 1980 disputé sur ses terres puis était passée à travers le Mundialito uruguayen au début de l’année 1981. Les éliminatoires du Mundial 1982 avaient bien démarré mais après quatre victoires consécutives, l’équipe avait beaucoup peiné et s’était finalement qualifiée en décrochant la deuxième place de son groupe derrière la Yougoslavie. Les matches de préparation qui suivirent ne furent guère plus convaincants, on vit même l’équipe sombrer un soir de février au Parc des Princes contre la France.

Quand démarrait le tournoi espagnol, les Italiens n’accordaient plus qu’une confiance mesurée envers Enzo Bearzot. Ils ne comprenaient pas pourquoi le sélectionneur conservait Dino Zoff dans les buts alors que celui-ci dépassait les quarante ans et avait toujours été discuté. Ils ne comprenaient pas pourquoi Paolo Rossi avait été retenu alors qu’il sortait tout juste d’une suspension de deux ans suite au scandale du Totonero. Ils ne comprenaient pas pourquoi Bearzot changeait peu l’ossature de son équipe. Dans celle alignée à Vigo le 14 juin contre la Pologne demeuraient sept titulaires du Mundial argentin.


La Galice jusqu’à la lie


Le premier tour en Galice ne rassura pas les tifosi. La Squadra arracha un pénible 0-0 à des Polonais guère plus inspirés à l’issue d’un match indigent. Quatre jours plus tard, elle parvint à marquer son premier but face au Pérou, grâce à un magnifique tir de Bruno Conti sous la barre de Ramon Quiroga. Mais alors qu’ils semblaient avoir le match en main, les Azzurri préférèrent reculer et laisser le ballon à leurs adversaires. Ceux-ci surent en profiter et égalisèrent dans les derniers instants sur un tir de Rubén Díaz dévié par Fulvio Collovati.

Au front de l’attaque, Paolo Rossi avait été fantomatique et ses prestations firent pleurer de rage les Italiens. Il fut remplacé à la mi-temps du match contre le Pérou par le vétéran Franco Causio, et l’on annonça même qu’il fut définitivement mis à l’écart.

Mais il était bien présent lors du troisième match contre le Cameroun. Toutes les rencontres du groupe s’étaient soldées par des scores nuls et une défaite était interdite contre la sélection africaine, grande révélation du tournoi. La Squadra Azzurra, qui jouait en blanc ce jour-là, sut prendre le match par le bon bout. Paolo Rossi se montra sous un meilleur jour et adressa un centre parfait à Franco Graziani qui fut le premier à battre le stoïque Thomas N’Kono. Mais l’équipe italienne eut à peine le temps de savourer ce but qu’elle encaissa l’égalisation dans la minute qui suivit.

Malgré trois matchs nuls, et donc aucune victoire, l’Italie parvint à arracher une miraculeuse qualification. Elle ne fit toutefois pas la joie des tifosi ni de la presse qui se déchaîna sur les joueurs et le sélectionneur, à tel point que ceux-ci décrétèrent un silenzio stampa laissant le seul et imperturbable Dino Zoff répondre aux points presse.


Le miracle de Sarrià


La composition du groupe du second tour ne laissait aucune illusion aux supporters italiens. La Squadra devait affronter deux des meilleures équipes du tournoi, l’Argentine championne du monde et l’intouchable Brésil, grand favori de cette édition.

Le miracle prit forme lors du premier match au stade Sarrià de Barcelone. Contre toute attente, les Italiens l’emportèrent 2-1 face à l’Argentine. L’équipe italienne avait retrouvé son goût pour la contre-attaque, laissant volontiers l’initiative du jeu à ses adversaires. Le prodige Diego Maradona fut complètement annihilé par un Claudio Gentile peu regardant sur la méthode employée.

L’aberration du second tour et de ses groupes de trois équipes fit qu’avec sa victoire, l’équipe d’Italie bénéficia de six jours de repos avant de rencontrer le Brésil, lequel n’en avait eu que trois après avoir battu à son tour l’Argentine. On ne donnait malgré tout pas cher de la peau de l’Italie face au grand favori. On oubliait que dans l’équipe italienne sommeillait un génie qui attendait le grand jour pour se réveiller.

Paolo Rossi, après deux rencontres fantomatiques puis deux matches à peine passables, signa contre le Brésil le triplé le plus inattendu et le plus ahurissant de l’histoire du foot italien. Le magnifique Brésil de Sócrates et Zico eut beau se déployer, inscrire deux buts, et se procurer une montagne d’occasion, Dino Zoff et sa défense firent un travail monstrueux pour préserver la victoire. Au grand dam des puristes, l’Italie provoqua l’une des plus grandes surprises de ce Mundial, qui n’en manquait pourtant pas.

Parvenue dans le dernier carré, l’Italie y retrouva la Pologne qu’elle avait croisée lors du premier jour. Celle-ci était privée de son maître à jouer Zbigniew Boniek, futur joueur de la Juventus mais suspendu pour cette demi-finale, tout comme celui auquel on aurait confié le marquage, Claudio Gentile. Ce match du Camp Nou prolongea celui de Sarrià, avec deux nouveaux buts de Paolo Rossi, signant une victoire indiscutable. Malheureusement, l’élégant meneur de jeu Giancarlo Antognoni se blessa gravement et ne put être rétabli pour la finale.


Les quelques larmes de Bearzot


Celle-ci eut lieu le 11 juillet 1982 au stade Santiago-Bernabeu de Madrid. L’Italie y retrouvait la RFA trois jours après que celle-ci eut remporté une homérique demi-finale contre la France à Séville. Ce fut un match médiocre durant lequel l’Italie, en première mi-temps, sentit partir sa bonne étoile de Barcelone, avec la blessure de son attaquant Franco Graziani, qui dut laisser sa place après cinq minutes de jeu, puis le penalty manqué d’Antonio Cabrini.

Heureusement, l’Italie pouvait toujours compter sur le miraculeux Paolo Rossi qui, en deuxième période, ouvrit le score à la réception d’un centre de Gentile. La finale avait définitivement basculé du côté italien. Marco Tardelli marqua le deuxième but qu’il signa d’une célébration entrée dans la légende télévisuelle. Le succès fut parachevé par un troisième but de Sandro Altobelli, celui qui avait remplacé Graziani en début de rencontre.

Paul Breitner pouvait bien réduire l’écart, la victoire italienne était acquise. Dans la tribune officielle, le vieux président Sandro Pertini n’en pouvait plus d’acclamer ses joueurs au point de rompre quelque peu avec le protocole. L’Italie attendait ce troisième triomphe depuis le doublé des sombres années trente que Pertini lui-même, alors jeune militant opposé au fascisme, avait vécu de sa geôle.

Et tandis que le roi Juan Carlos d’Espagne remettait à Dino Zoff le trophée de la Coupe du monde (conçue par un artiste italien, Silvio Gazzaniga), Enzo Bearzot était congratulé par le président Pertini, et l’on vit couler sur ses joues quelques larmes.


À la rentrée, un livre dédié à la Coupe du monde 1982 sera publié chez SOLAR.


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