Dino Zoff, le meilleur pour la fin

Dino Zoff, le meilleur pour la fin

4 avril 2022 2 Par Richard Coudrais

Parmi les joueurs italiens qui remportèrent la Coupe du monde 1982, Dino Zoff fut le plus âgé, et l’un des plus brillants. Capitaine et gardien de but de la Nazionale, sa conquête espagnole fut aussi celle de sa réhabilitation.


Il aura fallu à Dino Zoff attendre plus de vingt ans de football et brandir la Coupe du monde au ciel pour être enfin reconnu par ses compatriotes. L’Italie a longtemps détenu l’un des meilleurs gardiens du monde, mais n’a pourtant jamais cessé de le remettre en cause.


Un Frioulan à Naples


Quelles que soient les circonstances, Dino Zoff gardait un visage impassible. Il n’était pas un gardien très spectaculaire. Sa grande force était son placement, sa concentration et son économie de gestes. Il faisait la fierté de sa région natale, le Frioul, dont on dit que les habitants sont des hommes rudes et taiseux.

Dino Zoff avait fait ses débuts à Udine, en Serie B, avant de rejoindre l’élite à Mantoue, en Lombardie. Mais c’est dans l’atmosphère volcanique de Naples, à partir de 1967, qu’il disputa vraiment le haut du tableau. Il découvrit par la même occasion l’équipe nationale.

Le stade San Paolo accueillait le quart de finale retour de la Coupe d’Europe des nations 1968 (ancien Euro) opposant l’Italie à la Bulgarie. Au match aller à Sofia, perdu 3-2, le gardien Enrico Albertosi avait dû céder sa place à Lido Vieri. Deux semaines plus tard, les deux hommes étaient indisponibles et Dino Zoff pouvait faire ses grands débuts. L’équipe dirigée par Ferruccio Valcareggi s’imposa 2-0 et l’Italie gagna le droit d’organiser la phase finale à quatre équipes sur son sol.

La demi-finale contre l’URSS se disputa également à Naples et Zoff était de nouveau appelé à garder la cage. Le gardien napolitain s’en sortait avec une copie parfaite, n’encaissant aucun but et contribuant, comme son homologue Pscenicnikov, à un score nul et vierge qui forçait l’arbitre à désigner le vainqueur à pile ou face. C’est la Squadra Azzurra qui obtint la qualification pour la finale où elle était opposée, à Rome, à la Yougoslavie. Dino Zoff y encaissa son premier but international, une erreur de jugement dont avait profité Dragan Dzajic. L’Italie égalisa dans le dernier quart d’heure et obtint un sursis. Deux jours plus tard, elle s’imposa 2-0 et Dino Zoff décrocha le premier titre de sa carrière, à 26 ans.


Un premier mondial sur le banc


Enrico Albertosi n’avait toutefois pas baissé les bras et tenait à garder encore la cage des Azzurri. Le gardien de Cagliari imposa une rude concurrence et regagna sa place juste avant la Coupe du monde 1970 au Mexique. Et c’est du banc de touche que Dino Zoff suivit le magnifique parcours de la Nazionale jusqu’en finale contre le Brésil de Pelé, après une demi-finale dantesque face à la RFA.

La concurrence dura jusqu’en juin 1972. L’Italie était éliminée en quart de finale de la Coupe d’Europe des nations par la Belgique et Albertosi ne fut plus jamais rappelé. Dino Zoff devint l’indiscutable numéro un des Transalpins et celle-ci devient invincible. Elle n’encaissa plus de but à partir de septembre 1972 et ce pendant douze matchs.


Au même moment, Dino Zoff était devenu le gardien de la Juventus, avec laquelle il remporta son premier Scudetto et disputa sa première finale européenne contre l’Ajax. En fin d’année 1973, on le classa deuxième meilleur joueur européen dans le palmarès du Ballon d’Or, où une fois seulement avant lui un gardien avait été classé sur le podium (Lev Yachine, vainqueur en 1963). A trente et un ans, Dino Zoff était au sommet de sa carrière.


Le meilleur gardien du monde


Puisqu’elle avait désormais le meilleur gardien du monde (c’est le magazine américain “Newsweek” qui le proclamait avec photo de l’intéressé à la Une) et puisqu’elle n’encaissait plus de but, l’équipe italienne était arrivée à la Coupe du monde 1974 emplie de certitudes et d’ambitions. La première rencontre à Munich contre Haïti ne devait être qu’une formalité, mais l’attaquant Emmanuel Sanon ouvrit le score. Non seulement le joueur haïtien mit fin à l’invincibilité de Zoff et de sa défense, mais il fit sérieusement vaciller les vice-champions du monde.


Car si ceux-ci parvinrent à renverser le score en leur faveur (3-1), ils furent incapables ensuite de battre l’Argentine (1-1) et la Pologne (1-2), si bien qu’ils furent sortis dès le premier tour. Avec ses quatre buts encaissés en trois matchs, on fit porter à Dino Zoff une part de responsabilité dans le désastre.

Quatre ans plus tard en Argentine, le scénario sembla se répéter quand Zoff, devenu capitaine de la Squadra, encaissa après une trentaine de secondes un but du Français Bernard Lacombe. Mais l’équipe italienne dirigée par Enzo Bearzot était d’un autre calibre qu’en 1974, venue disputer le tournoi avec humilité et un esprit résolument collectif. Elle fit une très forte impression, surtout pour son jeu d’attaque, mais n’atteignit pas la finale promise, battue à Buenos Aires par les Pays-Bas sur deux tirs lointains que Zoff ne put arrêter. Trois jours plus tard, lors du match pour la troisième place contre le Brésil, le gardien italien se fit à nouveau surprendre par deux tirs lointains. On évoqua dès lors son âge avancé (36 ans) en insistant sur le fait qu’il avait peut-être fait son temps.

Le sélectionneur Enzo Bearzot n’était pas homme à qui on dictait les choix et il maintenait sa confiance à son gardien capitaine. Les deux hommes s’appréciaient car ils provenaient de la même région, le Frioul, leurss villages respectifs n’étant distants que d’une quinzaine de kilomètres. Zoff gardait encore les buts lors du championnat d’Europe italien de 1980, se montrant irréprochable puisqu’il maintint sa cage inviolée durant tout le premier tour, ce qui fut malgré tout insuffisant pour accéder à la finale. L’Italie termina quatrième de son Europeo après un match de classement à Naples, où Zoff dû subir une interminable série de tirs au but qui se termina en faveur de ses adversaires tchécoslovaques.


La parata de Sarrià


En 1982, Dino Zoff avait dépassé les quarante ans et disputait sa quatrième Coupe du monde, la troisième comme titulaire. Il honora sa centième sélection lors du premier match à Vigo contre la Pologne et mit un point d’honneur à ne pas encaisser de buts, ceux de Sanon et Lacombe lors des éditions précédentes lui étant restés en travers de la gorge. Zoff fut brillant tout au long du tournoi, notamment lors du match décisif contre le Brésil où il réalisa, dans les dernières secondes, une extraordinaire parata sur une tête d’Oscar que tout le monde voyait au fond.

Quand il reçut la Coupe du monde des mains du roi d’Espagne et qu’il la brandit au ciel, Dino Zoff avait enfin réduit ses détracteurs au silence. Il aurait pu s’arrêter sur ce sacre mais il avait encore envie de jouer, d’autant qu’il lui restait un trophée à conquérir, la Coupe d’Europe des clubs champions, qui lui avait échappé en 1973.


Regrets finaux


Dix ans après, la Juventus était armée de six champions du monde et renforcée par deux joueurs de haut niveau : Michel Platini (qui lui a souvent donné des bleus à l’âme) et le Polonais Zbigniew Boniek. Le club turinois était le grand favori de la C1 et avait éliminé le tenant Aston Villa en quart de finale. Aucun des autres demi-finalistes ne semblait en mesure de lui barrer le chemin.

Mais à Athènes se reproduisit le scénario de la finale de Belgrade, avec un mimétisme incroyable. L’adversaire du soir était tout de rouge vêtu et inscrivit un but d’entrée sur lequel Dino Zoff, lobé, ne fut pas irréprochable. La Juve perdit de nouveau et son gardien s’était dit qu’il faisait probablement la saison de trop, d’autant que la Squadra alignait les contre-performances. Elle avait notamment concédé à Chypre un match nul indigne en éliminatoires de l’Euro 1984. Il était temps de tourner la page.

Dino Zoff se dirigea naturellement vers une carrière d’entraîneur qui lui donna également de grandes satisfactions, notamment la victoire en Coupe de l’UEFA avec la Juve. Il fut également bien près de récupérer comme sélectionneur la Coupe Henri Delaunay qu’il avait remportée comme joueur. A Rotterdam en 2000, il la tenait presque à bout de bras, mais la finale au scénario fou bascula en faveur de la France.


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