Antonio Cabrini, playboy fidèle

Antonio Cabrini, playboy fidèle

29 mai 2022 1 Par Richard Coudrais

Parmi les joueurs italiens qui remportèrent la Coupe du monde 1982, Antonio Cabrini fut le plus charmeur. Mais le beau gosse des Azzurri était avant tout un magnifique contre-attaquant.


Que peut-il arriver de pire, pour un footballeur, que de rater un penalty en finale de la Coupe du monde ? Ce jour-là à Madrid, face à une équipe de RFA qui commençait déjà à ressentir la fatigue, Antonio Cabrini avait l’occasion d’ouvrir le score sur penalty, accordé par l’arbitre brésilien Arnaldo Cézar Coelho à la suite d’une faute de Briegel sur Bruno Conti.


Pénalty oublié


Était-ce le pétard jeté des tribunes qui vint exploser près du ballon quand le joueur prit son élan ? Était-ce l’attitude menaçante de Toni Schumacher, le gardien allemand controversé ? Était-ce l’enjeu, tout simplement ? Toujours est-il qu’Antonio Cabrini envoya du pied gauche une frappe un peu molle qui passa à droite de la cage allemande.

L’équipe d’Italie déplorait déjà les absences de Giancarlo Antognoni, puis la sortie précoce de Francesco Graziani sur blessure, et les les tifosi commençaient à se demander, après le penalty raté de Cabrini, si la Squadra n’était pas en train de payer ce 11 juillet 1982 la providentielle réussite qui l’avait accompagnée tout au long du tournoi.

Heureusement, la suite de la rencontre fut remportée 3-1 par la Nazionale et la victoire effaça des souvenirs le tir raté. Antonio Cabrini n’est pas devenu un footballeur maudit dans la grande tradition des arrières gauches célèbres qui précipitèrent la défaite de leur équipe sur un penalty raté.


Belle gueule


Le bel Antonio, dont la belle gueule attirait aussi les regards, était l’un des piliers de l’équipe italienne de l’ère Enzo Bearzot. Comme un grand nombre de coéquipiers, il venait de la Juve où il avait fait l’essentiel de sa carrière. Il avait débuté au Cremonese, le club de sa ville natale, avant de rejoindre la Vieille Dame en 1976 après un passage à l’Atalanta Bergame. Il joua treize ans à Turin, disputant près de 500 matchs et marquant une bonne soixantaine de buts.

Cabrini était de la tradition de ces grands arrières-ailiers du football italien. Défenseur intransigeant, dur sur l’homme, il se transformait rapidement en un redoutable contre-attaquant, capable de délivrer des centres parfaits et même de marquer des buts avec un sang-froid d’attaquant. Il tirait de nombreux coups francs et réussissait généralement ses penalties.

Alors qu’il ne comptait encore aucune sélection en équipe d’Italie A, Antonio Cabrini fut convoqué à 21 ans par Enzo Bearzot pour la Coupe du monde 1978. Il connut ainsi sa première sélection à Mar Del Plata le 2 juin 1978 contre la France (2-1) et disputa l’intégralité du tournoi argentin. Sa performance fut telle qu’un an plus tard, il fut convoqué à Buenos Aires pour le match anniversaire de l’équipe d’Argentine opposée à une sélection mondiale. Il est vrai que le coach de cette équipe n’était autre qu’Enzo Bearzot et qu’il avait également convoqué Tardelli, Rossi et Causio.


Comme chez lui


Antonio Cabrini ne quitta plus jamais la Squadra Azzurra. Il y était comme chez lui puisqu’il y retrouvait régulièrement ses camarades de club Scirea, Tardelli, Gentile, Rossi, Zoff, Causio, Bettega… Il inscrivit son premier but au lendemain du Mundial lors du match de reprise contre la Bulgarie (1-0). Il fut de toutes les conquêtes de l’ère Bearzot et de toutes les déceptions. Après l’Europeo 1980 quelque peu manqué à domicile, après également un Mundialito uruguayen où il connut l’expulsion, Antonio Cabrini fit un Mundial remarquable en Espagne à l’issue d’une saison où il avait pourtant connu des difficultés.

C’est lui qui marqua le second but italien contre l’Argentine d’une reprise qu’il logea sous la barre de Fillol. C’est lui qui six jours plus tard contre le Brésil adressa un centre impeccable que Paolo Rossi reprit de la tête et lança les Azzurri vers un exploit invraisemblable. Lors de la finale, Cabrini exécuta un centre à l’adresse de Conti, lequel fut plaqué par Briegel et obtint le fameux penalty.

Le défenseur italien se remit très vite de son penalty raté. Il poursuivit son travail défensif en annihilant Manfred Kaltz, un autre fameux contre-attaquant aux centres redoutables. En deuxième période, Cabrini fut aux premières loges sur l’ouverture du score : il se positionna sur le centre de Gentile, manqua sa reprise mais vit son ami Paolo Rossi reprendre de la tête. Plus rien dès lors ne pouvait empêcher l’équipe d’Italie de conquérir la Coupe du monde.


Présence assidue


Au lendemain du triomphe espagnol, Cabrini poursuivit sa présence assidue dans le onze italien. Il fut de l’expédition honteusement ratée à Chypre (1-1) qui fit dérailler l’Italie sur la voie de l’Euro 1984. Il fut de la Coupe du monde 1986 au Mexique, où il disputa les quatre rencontres, totalisant comme Scirea 18 matchs en phases finales, ce qui n’atténua pas vraiment la déception d’une élimination précoce.

Le bel Antonio devint ensuite le capitaine de l’Italie le temps d’honorer ses cinq dernières sélections en 1987. Il quitta discrètement la Squadra, fort de 73 sélections et neuf buts inscrits. Il venait pourtant d’avoir tout juste trente ans et avait encore de belles années devant lui. Mais il dut céder sa place à un successeur plutôt prometteur, Paolo Maldini.

Avec la Juventus, il a tout remporté : le Scudetto six fois, la Coppa Italia deux fois, la Coupe de l’UEFA, la Coupe des coupes et la Coupe des champions, accordée malgré le contexte du Heysel. On peut également ajouter la Super Coupe UEFA et la Coupe intercontinentale des clubs. Il termina sa carrière à Bologne avant d’embrasser une carrière d’entraîneur puis de sélectionneur des Azzurre.


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