W. Natlacen : « Pour moi, l’AS Velasca aura une fin »

W. Natlacen : « Pour moi, l’AS Velasca aura une fin »

23 août 2022 0 Par Nicolas Basse

Wolfgang Natlacen est le co-fondateur et le président de l’AS Velasca, « club le plus artistique du monde » selon la FIFA. Il évoque la création du projet, son but, ses collaborations… et n’exclut pas une fin à cette oeuvre.


Quel est votre parcours avant l’AS Velasca ?


C’est un parcours artistique. Je viens de ce milieu, notamment du cinéma. J’ai étudié le cinéma, en Italie puis en France. C’est l’une des raisons pour lesquelles le Velasca est imaginé comme une narration. J’ai été assistant réalisateur, réalisateur, producteur. Et puis j’ai aussi mené des projets photographiques. Toute cette pratique s’est retrouvée dans le Velasca.


Comment est venue l’idée de créer l’AS Velasca ?


La plupart des membres de l’AS Velasca étaient des tifosi de l’AC Milan. On vieillissait on était moins bercés par les rêves du foot, et on a été déçus par la fin de l’ère Berlusconi. C’est plus devenu du foot-business, contemporain, et ça nous déplaisait. Il y a aussi eu le Calciopoli, qui a tué tous les rêves, et la plupart d’entre nous nous sommes éloignés du foot. Jusqu’au jour où le (désormais) vice-président m’a proposé de créer un club à partir de zéro. C’est-à-dire qu’on n’a pas racheté une licence ou un club. On voulait un club qui correspondait à ce qu’on avait rêvé, étant petits. On s’est rendu compte qu’on rêvait d’un foot qui ressemblait à une oeuvre d’art.

On jouait au Fantacalcio, dans une ligue qui existe toujours d’ailleurs, et vu qu’on gérait bien, on s’est dit « pourquoi pas un club, avec nos propres joueurs ? » Tout ça, c’est la concrétisation des longs parcours, qui ont duré des années.


Pourquoi ce nom, l’AS Velasca ?


On cherchait un symbole fort à Milan qui correspondait aux cinq membres fondateurs. On voulait un club à Milan, et pas à Paris, où la moitié des dirigeants habite. Milan, c’était plus dur, notre côté maso. Le but n’est pas de se comparer aux deux monstres, l’Inter et l’AC Milan, et d’ailleurs il y a plein d’autres clubs à Milan.

Ce symbole fort, qui ne fait pas l’unanimité à Milan, c’est la tour Velasca, qui est à quelques centaines de mètres du Duomo. C’est une sorte d’édifice brutaliste, assez agressif, qui me plait énormément. Il ne laisse pas indifférent !


L’AS Velasca est une oeuvre d’art. Le club a-t-il pour but de montrer les liens entre le foot et l’art ?


Montrer ? Non. Ca se fait automatiquement, « per forza ». Les deux domaines parlent un même langage, universel, ont un fonctionnement très proche. On n’a pas à le démontrer. Mais si on me le demande, je te dis oui, regarde : les agents, les galeries, les joueurs, les stades, les cotes des artistes…

En revanche, l’AS Velasca met d’accord des gens qui pensaient que les deux mondes étaient aux antipodes.


Une oeuvre d’art, un film, une chanson, un album, a une fin. L’AS Velasca est-elle intemporelle ou vois-tu une fin possible, un moment où l’oeuvre sera pleinement réalisée ?


Pour moi, le Velasca a et aura une fin. Qui, pour moi, est déjà écrite. Il faudra voir si on aura le courage avec les membres fondateurs d’aller jusqu’au bout. Parce que l’enjeu est là : le club grandit, plait énormément. Mais je te rassure, ce ne serait pas pour tout de suite. Certains pensent que l’AS Velasca est une histoire sans fin, mais je crois que tout a une fin.

Pier Paolo Pasolini avait créé un club semblable au Velasca, sans succès. Ca s’appelait Società Artistico Sportiva (SAS) Casarsa, dans le Frioul, et le club existe toujours mais n’a plus la vocation que Pasolini lui avait donnée. Ça, c’est une possibilité. Le club ne va pas forcément mourir, mais il y a mille possibilités.


Des artistes du monde entier s’occupent de la narration du club. On peut vous proposer un projet ? Quel est le procédé ?


Normalement, c’est nous qui cherchons les artistes qui correspondent à cette narration, ou s’il faut rééquilibrer quelque chose. Mais, dans le passé, des artistes nous ont contactés et l’un d’eux m’a clairement demandé s’il pouvait s’occuper de faire lui-même les maillots. Jusqu’à présent, tout s’est toujours bien passé.


Sur le site du Velasca, il est dit « tout sauf une équipe de foot ». Mais vous en êtes une, tout de même. Peux-tu nous la présenter ?


C’est drôle, parce que c’est le directeur sportif qui dit ça ! Nous jouons en 9e division, nous sommes en fédération, après avoir joué les trois premières années dans le centre sportif italien, sorte de foot loisir géré par le clergé. Ensuite on a décidé de faire le grand saut, et nous sommes donc dans cette 9e et dernière division.

L’avantage avec cette division, c’est qu’on ne peut pas descendre ! En revanche, c’est important de savoir que le directeur sportif et les joueurs jouent vraiment pour gagner des matches et monter. Ce n’est pas une équipe de peintres qui passe son temps à attendre la troisième mi-temps, qu’on aime beaucoup par ailleurs.


Vous avez été avec Joma, Hummel, et maintenant le Coq Sportif


Joma, nous n’étions pas avec eux, c’était la première année et nous n’avions pas d’équipementier. Nous avons acheté l’équipement. Puis, dès la deuxième année, nous avons eu, ce qui est fou, un contrat de sponsoring avec Hummel. Ca a duré un an, voire moins.

Et après, on est passés avec le Coq Sportif. Nous allons d’ailleurs devenir le club qui a été le plus longuement sponsorisé par le Coq Sportif en Italie.


Le Coq Sportif est votre équipementier, mais vous avez aussi une collaboration sur une collection


On voulait le Coq Sportif depuis toujours. Un sponsor qui comprenne le projet et nous laisse complètement libre, ce qui n’était pas gagné. Et le Coq Sportif nous laisse une to-ta-le liberté. Ils sont curieux, mais ne demandent aucune explication. Et cela vaut aussi pour la vente des maillots, car le Coq donne son apport financier et technique, mais 100% des ventes reviennent au Velasca. C’est incroyable.

Lors du renouvellement, on a discuté de comment améliorer notre partenariat, aller plus loin. Et le Coq Sportif nous a proposé de dessiner une collection qui célébrerait la victoire de l’Italie en 1982. Une victoire avec… le Coq Sportif comme équipementier. C’était une aventure intéressante, et ça a donné six-sept articles en collection capsule.


L’AS Velasca est bien couvert médiatiquement en France. Y’a-t-il une résonance du projet en Italie ?


Oui mais étonnamment, et c’est mon côté pessimiste : quand on organise des événements qui permettent d’ouvrir les esprits, comme notamment l’une des choses les plus importantes réalisées, outre le match contre la Squadra Diaspora, avec notre voyage à Soweto (Afrique du Sud).

Beaucoup de pays et d’articles ont parlé de ce voyage. Un club de neuvième division qui n’a pas un rond et a tout mis dans ce voyage pour aller en Afrique du Sud, mais en Italie personne n’en a parlé. Alors que l’Italie essaie de combattre le racisme, personne n’a parlé de ça. Même quand j’en parle à des journalistes, on me dit « Ha non mais moi je vais en parler ». Je ne sais pas ce qui se passe dans la presse italienne, mais ça ne sort pas. Ou juste « Le club fait un voyage à Soweto, point. »

Pour en savoir plus sur ce projet, c’est par ici.

Alors qu’en France, et je ne dis pas que la France est meilleure, le même sujet est traité. Il est notamment abordé dans un sujet qui a remporté un prix (le Micro d’Or, Cédric Guillou, reportage sur le racisme en Italie dans le foot, France Inter). Ca donne de l’espoir, mais je ne comprends pas pourquoi les journalistes italiens ne veulent pas parler de choses positives. D’autant plus que certains joueurs sont revenus de ce voyage totalement changés, positivement.


À propos de la Squadra Diaspora, la diaspora italienne en France n’est-elle pas un peu oubliée de l’autre côté des Alpes ?


Complètement. C’est dommage. Je ne sais pas comment l’Italie va évoluer. L’Italie a la mémoire courte. C’est un long débat, compliqué. Normalement nous sommes dans un monde qui s’ouvre, et j’ai l’impression que c’est le contraire.

Je finis sur une touche positive ! Comme l’Italie ne participe pas à la Coupe du monde cette année, le match retour face à la Squadra Diaspora est prévu sur cette période, et on a presque trouvé la date du match. Le match aller était à Metz, terre d’immigration italienne. Le retour sera en Italie.


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Photos AS Velasca