Pourquoi l’argent ne fait pas tout

17 septembre 2017 0 Par Nicolas Basse

« Les chiffres fous du mercato en Italie », « Milan est de retour », « le championnat italien revient sur le devant de la scène ». Pour beaucoup, c’est l’argent qui rend la Serie A à nouveau attractive. Oui, mais…

Durant le mercato estival de la saison 2017-2018, les clubs italiens ont dépensé 900 millions d’euros, classant la Serie A deuxième championnat le plus « généreux », très loin derrière la Premier League (1,5 MILLIARD d’euros), mais devant la Ligue 1, la Bundesliga et la Liga. Parmi ces clubs italiens, l’AC Milan a été le plus actif, lâchant à lui seul près de 200 millions; la Juve, la Roma et l’Inter Milan ont acheté chacun pour plus de 80 millions.

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Pour les puristes et les amateurs du « football à l’ancienne », il est certain que voir ces sommes et les investissements étrangers dont elles découlent, surtout si cela se passe dans leur club et si cet argent a des relents un peu sales, peut avoir un goût amer et aller à l’encontre de certaines valeurs. Pourtant, il est évident que cet argent permet l’arrivée de grands joueurs, la rénovation ou la construction de nouveaux stades/centres d’entraînement/infrastructures de formation et attire les regards du monde entier, quand il est bien utilisé.

Ainsi, l’intérêt augmente, la demande de diffusion aussi, les droits télé s’amplifient, ce qui est primordial pour le championnat italien particulièrement dépendant de ces revenus, blablabla cercle vertueux. À en écouter certains chroniqueurs, le championnat italien referait surface seulement cette année, grâce à cet argent. Un raisonnement faux/décalé, pour de multiples raisons.

Parcours européens

En regardant les résultats en coupes d’Europe des cinq dernières années, il est clair que si l’Italie n’a pas les mêmes parcours que lors de la période 90/2000, elle place régulièrement des clubs en fin de compétition. En Ligue des Champions, la Juventus a atteint deux fois la finale, une fois les 1/4 et une fois les 1/8e, l’AC Milan a atteint une fois les 1/8, tout comme l’AS Roma et Naples. En Europa League, la Lazio a accroché un quart et la Juventus une demi-finale à l’instar de Naples et de la Fiorentina. Pas de quoi pavoiser, mais pas non plus de quoi affirmer que l’Italie ne fait plus partie de la carte de l’Europe.

Et là, on vous voit venir. Vous allez nous dire que c’est bien gentil, mais que, sans la Juventus, la Serie A ferait pâle figure sur la scène européenne. Et ce n’est pas faux. La Juve a réussi le très difficile exercice de retrouver une place parmi les cadors européens après avoir touché le fond, ce qui lui a permis de revenir dans le chapeau 1 et de se retrouver régulièrement dans le dernier carré. Un saut encore difficile à réaliser pour des clubs moins habitués aux sommets continentaux comme la Roma et Naples ou pour des équipes en plein renouvellement tels l’AC Milan et l’Inter dont il est impossible de dire qu’ils sont déjà « de retour ».

Suspens retrouvé

Pour ce qui est de l’intérêt du championnat, il faut aussi regarder en arrière et ne pas dire n’importe quoi. En 2013-2014, la Juve remporte la Serie A avec 17 points d’avance. Un gouffre similaire en 2014-2015 qui se réduit à 9 en 2015-2016 et à 4 l’année dernière. Depuis deux saisons, la Roma et le Napoli viennent de plus en plus dangereusement taquiner les mollets de la Vieille Dame, au point de l’inquiéter jusque dans les trois dernières journées et de ramener le suspens en Italie.

Tout cela combiné avec des clubs très joueurs se battant pour les places d’Europa League comme l’Atalanta, la Fiorentina, le Torino ou la Lazio, la Serie A nous offre à nouveau de belles saisons. Le tout porté par des équipes proposant du jeu et ne disposant pas forcément de grands moyens et avec, ENFIN, l’arrivée d’une belle génération de jeunes italiens prometteurs.

Recrutement intelligent

Loin de nous l’idée d’affirmer que Naples se trouve sans le sous. Mais depuis quelques années, le club réussit grâce à un effectif stable, des salaires maîtrisés et sans dépense folle sur le marché. Mieux, l’équipe progresse, menée par un entraîneur inspiré, voyant son expérience augmentant chaque année et des automatismes toujours plus forts. Une ode au vrai football collectif et pas à la loi des individualités et des stars. À un niveau moindre, la stratégie du Torino, de l’Atalanta ou de la Lazio s’avère payante. Des jeunes joueurs, quelques vieux briscards recrutés à bas prix, du jeu et pas de grosses dépenses.

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Les transferts, justement. Les meilleurs mercato ne sont pas forcément ceux que l’on croit. Le Torino s’est renforcé avec Sirigu, Burdisso, N’Koulou ou encore Iago Falqué (achat définitif) pour quasiment 0 euros, l’Hellas Vérone s’est attaché les services de Martin Caceres, Antonio Cassano (après quelques rebondissements) et Thomas Heurtaux gratuitement, la Fiorentina a dépensé moins de 15 millions d’euros pour Cyril Théréau et Marco Benassi, Naples s’est délesté de quelques joueurs et n’a recruté que Ounas pour à peine 10 millions… Autant de bonnes affaires passées sous silence à cause de prix (plus que) raisonnables. Il est donc encore possible, en 2017, de recruter intelligemment et sans sortir des sommes monstrueuses.

Ambiance

Enfin, point primordial, l’argent ne fait pas tout et encore moins la passion ! L’ambiance folle du promu Benevento, la chaleur du San Paolo, l’excitation de la Curva Maratona du Torino, l’effervescence du Derby della Lanterna entre le Genoa et la Sampdoria de Gênes dans ce si spécial stade Luigi Ferraris ou encore l’émotion procurée par le chant « Roma Roma Roma » n’ont rien à voir avec des sommes, de l’argent, des investissements ou tout ces mots qui paraissent bien raisonnables, calculés et sans vie.

Le retour de l’argent en Italie n’est pas nocif, évidemment. Mais il ne sera pas, ni directement ni pour tous, la cause d’un retour au haut niveau et l’arrivée de joueurs de classe mondiale. Surtout, il ne doit pas apparaître comme une « solution de facilité » par rapport au travail de formation, de détection et de post-formation déjà timide en Italie. Il est encore possible de faire sans et l’Italie a déjà redressé la barre avant ce fol été de transferts.

Donc à ceux qui disent que la Serie A a retrouvé son attrait, restez calmes et arrêtez de vivre dans l’instant. Cela est déjà le cas depuis quelques saisons et surtout, 2017-2018 vient seulement de commencer. Les équipes ayant recruté de nombreux joueurs auront besoin de temps pour mettre en place des systèmes de jeu et trouver des automatismes, les joueurs étrangers auront besoin de passer par une phase d’adaptation à la Serie A… Bien malin celui qui sera capable de prédire de quoi sera faite cette année.