Laura Agard (Fiorentina) : “L’objectif, c’est le scudetto”

Laura Agard (Fiorentina) : “L’objectif, c’est le scudetto”

30 janvier 2020 0 Par SAMA

Défenseure expérimentée du championnat de France, Laura Agard a rejoint la Fiorentina à l’été 2018. Elle revient sur sa carrière, son arrivée en Italie et les changements de ce sport dans lequel elle évolue depuis le début des années 2000.


Comment est né votre amour du foot ?

Petites à l’école primaire on jouait. Après, dans ma famille, je n’ai personne en particulier qui a fait carrière dans le foot, c’était plutôt dans le rugby ! Même si pendant les vacances en famille avec mon oncle, mes cousins, mon père, mon grand-père… on jouait tous un peu au foot.

À quel âge êtes-vous rentrée dans un club ?

Alors j’ai commencé à six ans au TOAC. C’est l’ancien Téfécé. Le Toulouse Olympique Aérospatiale Club. Au début j’étais en mixte avec plutôt des garçons et ensuite ils ont créé une section féminine rattachée au TFC en 2001. Je suis partie à Montpellier en 2006.

Quand a eu lieu la bascule entre amateur et professionnalisme ?

Quand j’ai commencé, le football professionnel n’existait pas. En 2006 quand j’ai signé à Montpellier on avait quelques contrats mais on travaillait, moi j’étais au lycée. Le professionnalisme n’est arrivé que dans les années 2010. À un moment j’ai privilégié mes études tout en faisant en sorte de pouvoir une continuité dans ma carrière.

Et vos études ?

Je les ai finies, j’ai eu mon diplôme mais je n’ai jamais travaillé ailleurs que dans le football. J’ai une maîtrise en urbanisme et un master en management du sport dans les équipements sportifs et de loisirs.

Je suis contente d’avoir ces diplômes, parce qu’on n’est pas comme les garçons qui peuvent pour une partie vivre de ce qu’ils ont gagné en étant professionnels.

Vous êtes défenseure. Qu’appréciez-vous dans ce poste ?

Même si j’ai aussi joué au milieu à tous les postes ce que j’aime c’est anticiper, intercepter lire le jeu et relancer “propre”.

Le tacle glissé, solution désespérée ou geste technique ?

Je pense que le tacle est un geste qui nécessite technique et timing.

Vous avez connu le football féminin du début des années 2000 à maintenant. Quel est votre sentiment ?

Je suis impressionnée. Et je pense, j’espère, que pour les générations qui arrivent ce sera de mieux en mieux, qu’il y aura plus de clubs professionnels, d’argent, dans le sens où les filles auront une sécurité financière une fois qu’elles arrêteront.

C’est un peu le problème actuel, malgré les évolutions positives, il y a toujours le problème de quand on arrête qu’est-ce qu’on fait. Parce que les filles, je l’ai vu à Montpellier, à Toulouse et même à Lyon, c’est sûr qu’à 17, 18 ans maintenant sur les premiers contrats pros les filles ne vont plus à l’école ou à l’université.

Je pense qu’il y a un gros travail à faire de ce coté-là, pour gérer l’après-carrière. Je ne sais pas si dans dix ans, même s’il y a plus d’argent, ce sera suffisant pour gérer l’après-carrière.

Vous avez été appelée deux fois en Equipe de France. Est-ce toujours dans un coin de votre tête ?

Deux fois appelée mais je n’ai pas joué. Bien sûr que ça reste dans la tête. Si ça doit arriver ça arrivera, même après tout ce temps.

Durant votre passage à Montpellier vous avez côtoyé le président Nicollin. Quel souvenir gardez-vous ?

Je l’avais rencontré durant ma première année à Montpellier en 2006 et j’ai eu la chance de le revoir quelques années après. Il était toujours présent pour les féminines. C’est lui qui, avant Jean-Michel Aulas, a misé sur le foot féminin.

Montpellier bénéficiait et bénéficie toujours, j’imagine, des structures des garçons, et il y a un réel engouement. Il n’y a pas beaucoup de différences dans le sens où les garçons s’entrainent d’un coté et les filles de l’autre et il n’y a aucune interaction. C’est tout le contraire. Montpellier reste un club phare dans le foot féminin et tout cela est grâce à lui.

Durant votre passage à Lyon vous avez perdu une finale de Ligue des Champions. Pensez-vous la gagner un jour ?

Haha pourquoi pas mais je pense que Lyon est très bien placé pour continuer sur sa série de victoires en Ligue des Champions. Je ne vois pas trop de clubs qui pourraient actuellement rivaliser avec l’OL.

En 2018 vous partez pour la Fiorentina. Une attirance pour l’Italie, une opportunité ?

Déjà c’était la chance de pouvoir découvrir un nouveau championnat. Après on va dire que j’ai eu plusieurs opportunités et j’ai fait ce choix car la Fiorentina me voulait le plus. Ca s’est vu sur les propositions. Et c’est un pays que je rêvais de découvrir.

La saison dernière, l’événement marquant était le Juventus Stadium rempli pour le match contre la Fiorentina.

En Italie le foot féminin n’est pas encore développé comme il l’est en France. Surtout en termes de structures et de reconnaissance. C’est un pays où le football féminin n’est pas encore professionnel, il devrait l’être normalement l’année prochaine ou celles qui suivent.

C’est surtout un match à guichets fermés dans ce contexte-là qui m’a plu, et le fait qu’on en a beaucoup parlé dans les médias italiens, qui, en contraste, en parlent moins qu’en France.

Contrairement aux équipes masculines, Florence propose un derby en première division italienne féminine avec la Florentia.

Et il y a aussi Empoli à une vingtaine de kilomètres ! C’est vrai que dans les discours d’avant-match c’est très marqué sur la notion de derby. Et tout le monde sait que tout peut arriver dans un derby, que ce soit un gros, un petit ou un moyen club en face.

Et la rivalité avec la Juventus ?

Chez les garçons c’est surtout au niveau des tifosi. Nous il y en a quand même aussi. C’est une des premières choses qu’on m’a expliqué quand je suis arrivée. Et en tant que joueuses on le voit dans les tribunes, dans les médias et sur les réseaux sociaux. Mais je ne sais pas si ça aura un jour le même poids que chez les garçons.

Comment juger l’évolution de la couverture du foot féminin en Italie ?

Je ne suis là que depuis 2018 mais j’ai assisté aux premières diffusions d’un match de foot féminin par journée sur Sky Sport. Cette année parfois il y en a deux. Et je vois la différence sur les réseaux sociaux depuis la Coupe du Monde. Même au niveau du club il y a plus d’engouement. Pour le moment l’enthousiasme ne s’est pas écroulé et l’Italie est en train de grandir sur le sujet. J’espère que ça va continuer.

En Serie A la Fiorentina a huit points de retard sur le leader turinois. Quel est l’objectif ?

L’objectif c’est le scudetto. La première place. On est à mi-parcours avec seulement huit points derrière et la saison dernière on a vu que jusqu’à la dernière journée rien n’était joué. Il y a beaucoup d’équipes, le niveau est assez homogène, tout est permis.

Qu’en est-il du traitement de l’équipe féminine à Florence par rapport aux garçons ?

Avec l’arrivée du nouveau propriétaire américain c’est en train de changer. Il va y avoir un nouveau centre d’entrainement commun pour les deux équipes, ce qui n’est pas le cas pour le moment.

Vous avez été sorties par Arsenal en 16es de finale de la Ligue des Champions. Quelle impression gardez-vous des Gunners ?

Je pense qu’Arsenal est une équipe qui est loin des stéréotypes anglais. Le jeu est très direct, technique. Ca fait deux, trois saisons qu’elles ont le même noyau de joueuses et j’étais surprise, pour une équipe anglaise, de voir un tel niveau technique. Une grosse différence physique et technique. Je suis curieuse de voir ce qu’elles vont faire par la suite car je pense qu’elles peuvent être une équipe surprise en Ligue des Champions.

D’ailleurs la Serie A a repris après la Ligue des Champions… Une explication ?

Non et c’est une très bonne question (rires) ! Je vous invite à la poser à la Fédération. L’année dernière il y avait eu un “problème” entre la fédé et la ligue des joueurs et des joueuses et le premier match de la saison avait été un match de LDC. Et cette année c’est la même chose alors que ce problème est réglé.


Laura Agard en bref

  • Née le 26.07.1989 (30 ans)
  • Défenseure centrale
  • 1998-2006 et 2013-2015 : Toulouse FC
  • 2006-2009 et 2015-2018 : Montpellier
  • 2009-2012 : Rodez
  • 2012-2013 : Lyon
  • 2018-Maintenant : Fiorentina
  • Championne de France 2013 (OL)
  • Vainqueure de la Coupe de France 2007, 2009 (Montpellier), 2013 (OL)
  • Finaliste de la Ligue des Champions 2013 (OL)
  • Finaliste de la Coupe d’Italie 2019 (Fiorentina)

(Photo compte Twitter de la Fiorentina)