Aimer Naples, rien qu’une seconde

Aimer Naples, rien qu’une seconde

15 février 2018 0 Par SAMA

Quand Naples nous fait douter sur l’amour, et nous poser des questions existentielles…

Les joueurs du Napoli après la victoire contre la Lazio. Franco Romano / NurPhoto

Il n’y a pas une seule façon d’aimer. Il y en a deux, des dizaines, cent. Il en va de même pour le football. Supporter un club, celui de sa ville, l’équipe d’un pays jamais visité, en apprécier plusieurs. Tout est possible. Suivre les résultats toutes les semaines depuis des années, ou une fois par mois depuis seulement deux ans. Il n’y a pas à se justifier. Tout est permis. Et ceux qui diront le contraire sont des frustrés, des étriqués, des réactionnaires et, surtout, des personnes qui se contredisent.

Parce que pour ces gens-là, nous expliquant avec assurance que l’on ne peut aimer que le club de sa ville, cette fidélité à l’équipe locale serait l’amour le plus pur et le plus beau. Ils ont simplement oublié une chose, fondamentale : l’amour ne se commande pas, ne se bride pas, ni ne se raisonne. Leurs tentatives pour nous convaincre n’ont révélé qu’une chose : ils ne comprennent rien à l’amour.

Le but du Napoli

Cette liberté se vit au quotidien. Comment regarder un match ? Il y a le raisonné, sage, qui regarde une rencontre dès l’échauffement et jusqu’aux analyses de fin, observant patiemment se construire la physionomie de l’opposition, ses temps forts, ses temps faibles. L’amour patient. Très beau, demande du temps.

À l’inverse, le sporadique, de l’instant, de l’extrême, le brutal. Qui consiste à tomber sur un match en cours de route, à consulter un résultat après le coup de sifflet final, à découvrir un score sur les réseaux sociaux et à y regarder les buts. Beaucoup mélangent les deux, assumant parfaitement leur passion du foot et n’éprouvant aucune honte de manquer plusieurs matchs ou d’avoir des périodes d’intérêt moindre.

Avec nos questionnements, avec nos assurances, avec nos contradictions sur notre amour du football, nous sommes tous tombés, de manière imprévue et violente, un jour, sur un moment footballistique fort. Qui nous a choqués. Qui nous a émus. Pour beaucoup d’entre nous, le dernier en date remonte à ce but du Napoli, inscrit contre la Lazio.

Le coeur a vibré, les poils se sont hérissés sur la peau, la bouche s’est légèrement entrouverte. Cela ne vous est pas arrivé ? Vous êtes resté insensible ? Vous avez ricané, en songeant : “Ça ne les empêchera pas de terminer deuxièmes”, prêts à commenter l’article ainsi : “Au fait, ils jouent contre qui en LDC les génies de Sarri la semaine prochaine ?”. Parfois, même dans les meilleures conditions, l’amour n’existe pas. Il n’y a pas d’étincelle.

Mais concrètement, dans cette comparaison semi-beauf semi-passionnée entre le football et l’amour que nous utilisons tous avec grand plaisir, ne nous en cachons pas, à quoi correspondrait, dans une relation amoureuse, le plaisir de voir un but d’une équipe autre que la sienne ? Un regard coupable sur une autre femme ? Un baiser volé ? Un numéro de téléphone échangé ?

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Et puis il y a ceux qui, très loin de ces considérations futiles, ont vu le but et, l’espace d’un instant, dubitatifs, incrédules, séduits, ont souri, une seconde à peine, puis ont vérifié que personne ne les avait vus, et, remis de leurs émotions, retrouvant leur sérieux, ayant attendu que la culpabilité disparaisse, ont juste dit : “Mouais. Pas mal. Enfin en face c’était la défense de la Lazio hein”. Oui, parfois, l’amour se vit secrètement. Et c’est beau.