Italie, année 0

Italie, année 0

14 novembre 2017 1 Par SAMA

L’équipe d’Italie n’a pas réussi à se qualifier à la Coupe du Monde 2018. Une catastrophe entraînant la retraite de grands cadres et la remise à plat de toute l’institution Nazionale.

Le dernier match de Gianluigi Buffon. MATTEO CIAMBELLI / NURPHOTO/AFP

Depuis l’Euro 2016 flamboyant de collectif, d’efforts et d’efficacité, l’équipe d’Italie n’a jamais montré un beau visage. Alors évidemment au début nous avons cru, comme toujours, que c’était plus ou moins normal. Parce que l’Italie a toujours du mal dans les phases qualificatives, parce que l’Italie gagne toujours ses matchs au couteau et parce que l’Italie ne se révèle que dans les grandes compétitions. Sauf que cette fois-ci, elle n’y participera pas, à la grande compétition.

Depuis l’Euro 2016, le sélectionneur Antonio Conte, salué par tous pour son état d’esprit guerrier et ses idées claires de jeu, a été remplacé par Giampiero Ventura. Un entraîneur de clubs de seconde zone, n’ayant aucune ligne marquante à son CV, pas de style de jeu défini et culminant déjà à 69 ans. Pas vraiment le genre d’homme qui apporte des idées claires à une équipe qui en a clairement besoin, ni une force de volonté ou un élan de jeunesse.

“Menée” par ce Ventura, la Nazionale finit logiquement deuxième de son groupe de qualification derrière une Espagne intouchable. Au fond, tout le monde s’attendait au barrage. Ce qui inquiète, c’est plutôt la manière. En plus de ne produire aucun jeu, l’Italie semble fébrile, incohérente, son collectif paraît s’être dissout et son organisation tactique est au mieux incompréhensible, au pire ridicule. À l’annonce du nom de l’adversaire en barrages, la Suède, personne n’est confiant, bien que certains osent dire “avec tout le respect que j’ai pour la Suède, nous irons au Mondial”.

Le 14 novembre 2018, au lendemain du match retour, la Suède est qualifiée pour le Mondial et l’Italie restera à la maison l’été prochain. Un match aller crispant et de mauvaise facture, un retour meilleur mais stérile et c’est toute une nation qui se réveille sous le choc. Mutique. Ce qui est rare pour les Italiens.

Coupables

Évidemment, tous les regards se tournent vers le sélectionneur Ventura lorsqu’il s’agit de chercher un coupable. Il s’est obstiné avec des schémas tactiques absolument grotesques et non adaptés à ses joueurs (dont le fameux 4-2-4), a parfois paru arrogant (annonçant vouloir faire de l’Italie une équipe sexy, être assuré d’aller au Mondial), n’a pas sélectionné ou aligné les joueurs en forme de ces derniers mois (Insigne, Jorginho, El Shaarawy, Bernardeschi), s’est entêté avec d’autres… Oui, une liste d’accusation longue comme le bras échoit à Ventura. Mais il n’est pas seul.

Ventura n’est pas arrivé et resté là tout seul. À la fédération, une bande de vieux (mêlant incompétence, affaires douteuses et propos parfois racistes) a décidé un jour que cet homme était le meilleur pour s’occuper de l’équipe nationale d’Italie. Non, ce n’est pas une blague. Et ce même groupe de vieux n’a jamais remis en cause sa décision devant des résultats de plus en plus alarmants. (Et c’est ce même groupe de vieux qui a enfoui le problème de la formation et de l’intégration des jeunes joueurs italiens en Serie A derrière des mesurettes qui s’essoufflent déjà).

Il serait trop facile de vouloir exempter les joueurs de toute responsabilité. Certains cadres ont eu des coups de moins bien, d’autres n’ont pas tenu leur rôle. Mais comment les pointer du doigt ? Ils sont la preuve que de bons joueurs, même alignés ensemble, sans idée de jeu ni entraîneur compétent, ne sont rien. Si indéniablement cette équipe a manqué de talents, les joueurs n’en sont aucunement responsables.

Et maintenant ?

Au lendemain de cette déconvenue historique, puisqu’il fallait remonter à 1958 pour voir l’Italie absente d’une Coupe du Monde, le changement est attendu. La démission d’une grande partie de la fédération et du sélectionneur (qui n’a pas intérêt à réclamer de prime de licenciement) seront les premières pierres d’une reconstruction. Le regard doit se porter à long terme. Dans le choix des hommes et dans les mesures à prendre. Mener enfin une vraie politique encourageant la formation au sein des clubs et l’éclosion des talents italiens. Et SURTOUT, réussir à insuffler cette idée que le JEU, ce n’est pas vulgaire ni grossier. L’Italie ne gagnera à nouveau que si elle est, évidemment comme toujours, solide derrière, mais aussi joueuse, avec une animation offensive claire.

Du coté des joueurs, une page se tourne déjà. Gianluigi Buffon ne disputera pas sa 6e Coupe du Monde à 40 ans et s’arrête, géant de l’histoire, à 175 sélections. Andrea Barzagli, sur le déclin, 73 sélections, arrête aussi, tout comme Daniele De Rossi, 116 sélections, 21 buts, joueur à tout faire et valeur sûre. Autrement dit, avec la retraite d’Andrea Pirlo ces derniers jours, plus aucun champion du Monde 2006 n’est en activité ou ne fait partie de la Nazionale.

L’Italie va prendre un coup de jeune, et d’inexpérience. En même temps, elle a le temps d’en accumuler maintenant, de l’expérience, avant un hypothétique Euro 2020, avec un groupe de joueurs talentueux :
Donnarumma, Meret, Perin, Sportiello,
Florenzi, Conti, Zappacosta, Spinazzola, Bonucci, Romagnoli, Rugani, Caldara, Chiellini ?
Jorginho, Verratti ? Locatelli, Pellegrini, Gagliardini, Benassi, Marchisio, Barella, Baselli, Bonaventura,
Bernardeschi, El Shaarawy, Belotti, Zaza, Immobile, Chiesa, Insigne, Berardi, Cutrone ? Orsolini ?

Désormais, place au temps et a l’humilité (cela ne devrait pas être difficile, l’Italie vient d’en recevoir des kilos entiers pour intraveineuse ces derniers jours). Pour prendre les mesures qui s’imposent, les hommes qu’il faut et tout reconstruire. Rien n’est à garder de ce qu’a produit l’équipe depuis la fin de l’Euro 2016. Voilà déjà une certitude.