Dalla Bona : « On a mis 5 heures de l’aéroport jusqu’à Naples »

Dalla Bona : « On a mis 5 heures de l’aéroport jusqu’à Naples »

2 août 2020 0 Par Nicolas Basse

Très grand espoir du football italien, Samuele Dalla Bona flambe à Chelsea dès ses 17 ans. Mais la suite de sa carrière ne sera pas au niveau attendu, malgré de folles aventures. Il nous raconte.


Vous avez été formé à l’Atalanta. Quel souvenir gardez-vous et comment expliquez-vous qu’il s’agisse d’un des meilleurs centres d’entraînement d’Italie ?

J’étais très jeune, j’y suis arrivé à 14 ans pour y rester trois ans. Je n’y ai que de bons souvenirs. Les gens sont très professionnels, j’y ai connu un de mes meilleurs entraîneurs, Giovanni Vavassori, ancien joueur de Naples et de l’Atalanta. Ils ont toujours un bon programme pour les jeunes, que ce soit au niveau sportif et humain. Et cela se retrouve pour l’effectif professionnel.

À 17 ans vous allez à Chelsea. À cause de ce transfert, la fédération italienne décide de changer ses lois concernant le départ des joueurs mineurs

(Rires) C’était une situation bizarre ! J’ai joué l’Euro U16 avec l’Italie en Écosse, où j’ai rencontré Gianluca Vialli. Il voulait renforcer Chelsea avec de jeunes joueurs et m’a demandé de venir. C’était une opportunité à saisir.

Chez les jeunes, vous êtes élu meilleur joueur. Milieu, vous êtes le meilleur buteur de l’équipe…

C’était une très bonne expérience d’évoluer avec des jeunes des Blues et des joueurs de la réserve. J’ai découvert Londres, une ville magnifique, et l’appui de Vialli m’a donné beaucoup de confiance. C’est une des raisons de mes très bons débuts.

Quel souvenir gardez-vous de la Premier League au tournant des années 1990-2000 ?

C’était assez bon, mais pas comme maintenant. Je me souviens du Arsenal de Wenger, Henry, Vieira. Impressionnant de voir ça à 17 ans, tout comme le Manchester United de Ferguson, Scholes, Beckham… Pas forcément très tactique mais c’était parfait pour moi, pour progresser. J’ai quitté Londres comme un joueur aguerri.

Pourquoi les joueurs italiens ont du mal à s’imposer en Premier League ?

Je ne peux pas vraiment dire, parce que ça m’a parfaitement convenu, à moi ! J’étais jeune, je ne pensais pas beaucoup. Pourquoi les Italiens ne réussissent pas ? C’est une bonne question. Et ça ne peut pas être qu’une question de météo et de nourriture. Peut-être que certains sont trop attachés au pays et ont vite le mal de la maison ? Mais regardez les entraîneurs, par contre, Ranieri, Sarri, Conte… La réussite est là.

En 2002, vous souffrez justement du mal du pays et décidez de rentrer en Italie. Devant ce souhait, Ranieri vous place souvent en équipe réserve. Quel souvenir gardez-vous de lui ?

Que ce soit lui ou Vialli, je ne garde que du positif. Ils m’ont fait confiance, ont toujours été honnêtes. Si j’ai eu des problèmes avec le club en exprimant mon souhait de rentrer, Ranieri s’est mis de mon coté et a tout de même fait appel à moi par moments. C’est un très bon entraîneur et aussi un homme bon.

En arrivant à l’AC Milan en 2002, vous tombez sur Redondo, Gattuso, Pirlo, Seedorf, Rui Costa, Maldini, Ambrosini…

L’équipe était absolument extraordinaire. Quand l’AC Milan appelle, tu ne peux pas dire non ! Les 25 joueurs du groupe étaient d’un niveau incroyable. C’était une expérience très forte, même si peu jouer n’est jamais agréable. Mais avec cette concurrence, je suis fier d’avoir fait partie du groupe.

Lors de la saison 2002-2003, vous participez à plusieurs matches en Ligue des champions et remportez le trophée, bien que vous soyez en tribunes pour la finale.

Oui, si je ne me trompe pas, je joue cinq ou six matches, dont 90 minutes contre le RC Lens ! Nous avons réalisé un parcours fantastique en battant l’Inter en demies et la Juventus en finale à Manchester, avec la séance de tirs au but. Même si je n’ai pas été parmi les plus gros protagonistes de cette aventure, cela reste un souvenir merveilleux.

Ensuite, vous enchaînez les prêts. Comment gérer le changement de club chaque année ?

Il faut être solide, car à chaque nouvelle saison tu as de nouveaux coéquipiers, un nouvel entraîneur et tu arrives dans une autre ville. Je ne regrette rien, c’était beau d’être à Naples, Lecce, à la Sampdoria, à Bologne… Il y a eu des moments difficiles, mais je garde surtout de beaux moments en tête. Le seul regret de ma carrière c’est, peut-être, d’avoir quitté Chelsea.

Pour votre première saison à Naples, vous participez à la remontée en Serie A

Cette première année a été fantastique et historique. J’ai marqué quelques buts importants. Je me souviens d’un soir où, après être revenus de Gênes où nous avions affronté le Genoa, on a mis cinq heures pour aller de l’aéroport de Naples jusqu’à la ville en bus. Partout, dans le terminal, sur la route, il y avait des fans pour nous accueillir et nous accompagner. Tout Naples était dans les rues !

Contre Trévise, vous marquez une belle volée du gauche. Votre plus beau but ?

Probablement oui ! Même si je me souviens de deux ou trois marqués avec Chelsea et Lecce, mais celui-là est un ton au-dessus.

Vous avez joué avec les sélections de jeunes en Italie, avez été vu comme un très grand espoir, avez connu un début tonitruant à Chelsea… Auriez-vous pu faire une carrière meilleure ?

C’est une question qu’on me pose souvent. Je ne sais pas. Aller dans un Milan si fort pour moi, si jeune, n’était peut-être pas le meilleur choix. Mais à cette époque, comme je l’ai dit, on ne pouvait pas dire non à ce Milan. Même si Ranieri m’a répété à de nombreuses reprises de rester à Chelsea. Si j’avais suivi son conseil, ça aurait sûrement été différent…

Vous arrêtez votre carrière à Mantova, à 31 ans, pour des raisons personnelles. Le football vous manque-t-il ?

Je suis allé à Mantoue car mon père était malade et que je voulais être auprès de lui. C’est la vie. Les premières années après ma retraite, le football ne m’a pas manqué. Maintenant, depuis deux ans, oui, beaucoup. Au fond, c’est toute ma vie, le football. Je cherche à voir comment je pourrais revenir. Trouver un club, avoir le diplôme d’entraîneur UEFA B… On verra bien.

Peu de joueurs prennent leur retraite aussi tôt, osent parler de leurs choix personnels, de dépression, de pression dans le foot

Tu passes ta vie, depuis ton adolescence, à aller à l’entraînement quasiment tous les jours, à vivre avec tes coéquipiers, à déjeuner avec eux, dîner souvent avec eux, être pris en charge par tout un encadrement, et tout à coup, quand tu prends ta retraite, tout cela s’arrête. Tu vois la vie réelle. Ce n’est, vraiment, pas facile. C’est le destin du footballeur. La pression je ne l’ai jamais ressentie. Mais ce rythme de vie de footballeur, il me manquera toute ma vie.