Pourquoi l’arbitrage vidéo n’est pas une bonne idée

Pourquoi l’arbitrage vidéo n’est pas une bonne idée

30 juin 2017 1 Par SAMA

Après des années de débat, l’arbitrage vidéo fait doucement son entrée dans le monde du football. Une très mauvaise idée, aussi bien pour le spectacle que pour… les arbitres !

Arbitrage vidéo désastreux lors d’Italie-Zambie en U20. JUNG Yeon-Je / AFP

L’arrivée de l’arbitrage vidéo a ceci de commun avec la mort qu’au début, on ne le connait pas. Ensuite cela devient un vague concept difficile à définir, on en entend de plus en plus parler et un jour, c’est là. De manière inéluctable. Tel le sort funeste qui nous attend tous, l’assistance vidéo pour les arbitres est arrivée, un peu plus tôt que prévu, un peu par surprise. Introduit dans les compétitions de jeunes et dans des championnats dignes de TLMSFoot, elle rentrera en vigueur dans plusieurs ligues européennes à la rentrée, dont la Serie A.

Le parallèle avec la grande faucheuse n’est pas anodin, puisque beaucoup voient dans l’arrivée de cette technologie une certaine “mort du football”. Sans aller jusque-là, il parait évident de dire que l’introduction de celle-ci va profondément changer ce sport. Et pas forcément en bien.

Fluidité et frustration

Depuis qu’on en parle, les instances et les défenseurs de la vidéo nous expliquent que l’arbitrage vidéo ne hachera pas les rencontres, laissera le jeu se dérouler et ne modifiera pas les rythmes de match. Ce qui est, évidemment, faux. Quelques décisions ont déjà été prises plusieurs minutes après une action litigieuse, laissant le temps au jeu de voir de nouvelles actions créées et la physionomie du match changer. Revenir, après ces actions, à une décision modifiée concernant un fait de jeu datant de 2 à 3 minutes, n’a rien de fluide.

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Voilà même un grand facteur de frustration – que se serait-il passé si le jeu n’avait pas été arrêté ? Pourquoi avoir pris autant de temps pour une décision ? – et de désorientation pour les joueurs et les spectateurs : il faut effacer psychologiquement tout ce qui s’est passé durant les 2/3 dernières minutes. Ce changement va demander une grande évolution mentale du spectateur mais aussi du footballeur. Il faudra désormais être capable en un instant de se resituer plusieurs minutes en arrière et oublier le passé le plus proche. Compliqué quand on sait à quel point un joueur, et dans une moindre mesure un spectateur, peut être à fleur de peau et au bord de la rupture à tout moment.

La JUSTICE à tout prix

C’est l’argument phare des pro-vidéo. Celui qu’on nous vend depuis des années, celui qui pourrait tout justifier. La justice. La technologie va ENFIN permettre de rendre le football juste et d’éliminer les trop nombreuses erreurs commises par les arbitres. Voilà sûrement la plus grande blague de l’histoire du sport moderne. Le sport n’a jamais été juste et ne le sera jamais. Du moins, jamais totalement. D’ailleurs, ce sont en partie les grandes injustices du sport qui le rendent si mythique et transforment des rencontres ou des gestes banals en des instants éternels. La recherche de la justice paraît même dangereuse. Plus on s’approche de la justice totale et plus la moindre injustice paraît insupportable. Obscène.

Pour rappel, la vidéo ne peut être (actuellement) utilisée que dans 4 cas précis : y-a-t-il une raison d’annuler un but ? Faut-il accorder ou non un pénalty ? Un carton rouge direct est-il justifié ? Le joueur sanctionné est-il le bon ? Sur ces quatre points, des couacs ont déjà eu lieu, notamment lors de la Coupe du Monde U20 avec un pénalty incompréhensible transformé en coup-franc direct à l’entrée de la surface, après arbitrage vidéo, accordé à la Zambie face à l’Italie à la suite d’une faute… inexistante.

En plus des erreurs possibles sur ces situations bien définies, quid des autres cas ? Des gestes d’anti-jeu, des simulations, des comportements violents, etcetc ? Oui, certains peuvent être punis après le match par des commissions selon les championnats, mais la sanction n’est pas immédiate, et se retrouve donc dévoyée. Et oui, si on exige la justice, elle doit être totale et instantanée, et non pas à plusieurs vitesses. Vouloir étendre l’usage de la vidéo à ces cas variés serait un facteur supplémentaire de hachure des matchs.

Et l’arbitre, dans tout ça ?

En plus de rendre la justice, la vidéo est censée aider l’arbitre dans son métier en lui facilitant les prises de décision et en lui enlevant une certaine pression. Théoriquement, la vidéo remplit en effet ce rôle. Concrètement, pas vraiment. Armé de cette technologie, l’arbitre est condamné à faire le bon choix, à ne plus laisser régner l’injustice. Bref, il n’a plus le droit à l’erreur. Et justement, il y aura toujours erreur. La raison à cette fatalité ? L’humanité et l’appréciation de l’arbitre.

Qu’on l’accepte ou non, les règles du football sont assez précises mais laissent forcément des zones d’ombre et une marge de manœuvre dans la prise de décision de l’homme en noir. À partir de quel moment exact une main doit-elle se siffler ? À partir de quelle intensité un contact est-il jugé comme une faute et non plus comme un duel épaule contre épaule, etcetc ? Sur ces cas, une décision pourra donc être différente d’un arbitre à l’autre, vidéo ou pas.

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La vidéo s’apparente à un cadeau empoisonné pour le corps arbitral. Censé ne plus commettre d’erreur, l’homme au sifflet verra l’attente et la pression s’accumuler encore plus sur ses épaules, tout comme le courroux des supporters en cas de bévue. Pas vraiment l’effet escompté, donc. Rien ne sert d’être buté contre l’arrivée de la vidéo dans le football. C’est trop tard, elle est là, et il semble improbable qu’elle reparte un jour. En revanche, il convient de réfléchir sérieusement à son impact sur le jeu, ses acteurs, ses passionnés, et surtout en limiter au maximum son utilisation.

@nicolas_basse