Paroles de supporters #5 : “Quand il y a match, je ne suis disponible pour personne !”

Paroles de supporters #5 : “Quand il y a match, je ne suis disponible pour personne !”

1 novembre 2018 0 Par SAMA

Parce que certains vivent pour leur club et/ou parcourent des milliers de kilomètres pour soutenir leur équipe, il fallait donner la parole aux acteurs les plus importants du football. Épisode 5 de « Paroles de supporters » avec Emy, inconditionnelle de la Juventus de Turin.

Depuis quand es-tu supportrice de la Juventus ?

Depuis le début des années 2000. Aussi loin que mes souvenirs remontent, j’ai toujours été pour la Juve au niveau club. Mon amour pour le football a par contre commencé avec la Nazionale, ce n’est qu’ensuite que je me suis intéressée aux clubs.

Quand as-tu été au stade pour la première fois ?

La première fois c’était en juin 2015, au moment du changement Nike/Adidas. En vacances en Italie j’ai profité de l’occasion pour aller passer une journée à Turin. J’ai fait la visite du stade et du musée, c’est un magnifique souvenir. Je me suis promis d’y retourner très vite pour voir un match dans cet endroit fantastique : voir le Stadium si majestueux vide m’a fait rêver de le voir plein et bouillant. J’ai attendu de retourner en vacances en Italie l’année suivante et je suis allée faire un passage à Turin pour mon premier match : Juventus – Sassuolo, le 10 septembre 2016. Ambiance énorme dès l’entrée dans le stade, un souvenir magique et inoubliable, mieux encore que ce que je m’imaginais. En plus, la Juve l’avait emporté 3 buts à 1 avec un doublé d’Higuain et un but de Pjanic. C’était tellement bien que j’y suis retournée sur un coup de tête quatre jours après pour vivre mon premier match de Ligue des Champions, c’était contre Séville… (0-0, 14/09/2016)

Vas-tu souvent au Juventus Stadium ?

Si je pouvais je le ferais, j’irais même tous les weekends… Malheureusement cela reste occasionnel (1 à 2 fois par an), les places coûtent plutôt cher dans l’ensemble et sont rapidement prises d’assaut. Le site de réservation n’est pas non plus le plus simple à prendre en main. De plus, venir de la France suppose toujours de bloquer au moins deux jours, prévoir le transport, l’hôtel, du temps, de l’argent, etc.

Suis-tu les équipes de jeunes ? de femmes ?

Oui, les jeunes de loin, les femmes d’un peu plus près. C’est bien que la Juve ait décidé de miser sur une équipe féminine.

Tu écris sur le site StileJuve. Pourquoi ?

Je me mets dans la peau de tifosi francophones. La majorité des informations concernant le club ne sont pas retranscrites avant plusieurs jours. Le but avec Stile Juve c’est de rendre accessibles tout cela au public francophone : les interviews, les nouvelles du club, le suivi des matchs, l’opinion de la presse italienne… mais pas que ! Des formats différents : audio avec les podcasts, qui permettent de débattre sur les différents sujets concernant la Juve et d’apporter des opinions diverses et variées ; ou encore proposer un contenu plus poussé niveau écrit : des analyses des matchs, des joueurs, raconter l’histoire du club pour les plus jeunes d’entre nous… Le but c’est qu’après avoir lu un article le lecteur ait appris quelque chose en plus, qu’il ignorait, avoir une valeur ajoutée et pas seulement une information brute. Comme je parle italien j’ai déjà toutes ces informations-là et j’aime les connaître, je me dis que si je ne comprenais pas l’italien c’est ce que j’aimerais lire sur le club que je supporte. C’est pour cela que Stile Juve existe.

Est-ce facile d’être une femme qui aime le foot au stade, sur internet ou dans la vie de tous les jours ?

Au stade oui ! Le public italien, ou du moins celui de la Juve est vraiment agréable pour cela. Les gens sont plutôt très ouverts et je rencontre de nouvelles personnes à chaque fois. Il y a beaucoup de femmes qui vont voir les matchs. Sur internet, c’est un peu plus compliqué. La majorité des gens est bienveillante. Après, pour la minorité de ceux qui ne le sont pas, c’est plus facile de balancer des horreurs à une fille qui parle de foot derrière un écran. Certains ne sont pas très compréhensifs et plutôt virulents : mais désolée, on peut être une fille, aimer le foot et en parler bien (parfois même mieux que certains hommes) ! Dans la vie de tous les jours, je croise peu de femmes qui sont autant accros que moi au foot, alors je suis la fille qui parle de foot avec les garçons et c’est toujours passionnant de pouvoir se confronter avec des gens qui ont la même passion que soit.

Arrives-tu à conjuguer ta vie avec cette passion ?

Bien sûr ! Les gens savent juste que quand il y a match, je ne suis disponible pour personne ! Mais effectivement c’est une passion donc je ne fais pas que ça, il faut aussi savoir garder du temps pour le reste, j’ai ma vie, mes occupations, mes proches, etc. Et autour s’articule l’actualité du club ainsi que tout ce qui s’y rapporte.

Que penses-tu de la gestion du club ?

Elle est plutôt excellente : le modèle vu de l’extérieur fonctionne très bien. Le club se diversifie, sait comment faire du profit avec ses activités et le renouveau est bien enclenché, avec une institution qui a les deux pieds tournés vers le futur, toujours avoir un coup d’avance sur le reste du monde du football. L’exemple parfait c’est le nouveau logo, tout se décline autour du J et ça fonctionne.

Agnelli t’inspire quoi ?

Il est l’auteur du renouveau. C’est grâce à lui et l’équipe qu’il a eu autour de lui (notamment Marotta) que la Juve a pu revenir au top.

Un avis sur le recrutement de CR7 ?

D’un point de vue financier / commercial / marketing, c’est l’opération du siècle : cela semblait impossible mais on l’a fait. Son apport et son impact sur ces terrains-là est déjà remarquable. D’un point de vue sportif, j’étais dubitative au début, j’avais peur de l’image plutôt individualiste et centrée sur lui-même qu’il renvoyait lorsque je regardais des matchs du Real. Tout compte fait, je suis très heureuse de voir que c’est un joueur très altruiste sur le terrain (malgré son obsession pour le but, beaucoup de passes données), avec une vraie mentalité de la gagne, quelqu’un qui ne lâche rien peu importe le score. Je pense que c’est vraiment ce dont on avait besoin. C’est un joueur d’un niveau exceptionnel, on sent l’écart sur le terrain entre lui et les autres. Il force le respect par son travail, il s’entraîne beaucoup, donne tout… et je pense que c’est bénéfique aussi pour les autres joueurs qui se donnent encore plus pour se mettre à son niveau et pouvoir briller à côté de lui et le faire briller également.

Jamais eu de baisse d’amour pour le club ?

Non au contraire ! A chaque fois que je me dis que je ne pourrais pas aimer plus cette équipe, la fois suivante je me dis qu’en fait si. Il y a eu beaucoup de déceptions : la Serie B, les finales perdues de Ligue des Champions ou les éliminations très dures, presque injustes, et cruelles, à encaisser… Mais c’est en fait ce qui renforce à chaque fois plus ce que je ressens pour ce club.

Quel est ton meilleur souvenir lié à la Juve ? Et le pire ?

La remontée en Serie A est un des plus beaux souvenirs, tout comme le premier Scudetto obtenu avec Conte. Le pire, c’est les adieux de Del Piero à la Juve, au stade… Un moment très difficile à faire passer, chargé d’émotions indescriptibles. Après, les pires moments d’un point de vue des matchs : l’élimination en Ligue des Champions face au Bayern en 2016 et contre le Real en 2018.

Quel serait ton onze de coeur de la Juventus ?

Del Piero – Trezeguet – Sivori

Nedved – Pirlo – Davids – Camoranesi

Chiellini – Scirea – Barzagli

Buffon

Tu dirais que le club représente quoi pour toi ?

Plus qu’une simple équipe de football cela va au-delà. C’est l’ADN et des valeurs qui dictent plus ou moins ce que je suis : un esprit très familial, des valeurs humaines, ne jamais rien lâcher, ne pas abandonner, n’avoir qu’un seul objectif au fond, réussir et gagner, malgré les hauts et les bas. Fino alla fine

Crédit photo : Juventus Stadium – MATTEO CIAMBELLI / NURPHOTO