Paroles de supporters #1 : “La Roma est mon pain quotidien”

Paroles de supporters #1 : “La Roma est mon pain quotidien”

7 novembre 2017 0 Par SAMA

Nouvelle série d’entretiens sur Serie A Mon Amour : “Paroles de supporters”. Parce que certains vivent pour leur club et/ou parcourent des milliers de kilomètres pour soutenir leur équipe, il était important de donner la parole aux acteurs les plus importants du football. Épisode 1 avec Antoine, fan de la Roma et créateur du blog cesololaroma.org.

Supporters de la Roma. Photo FILIPPO MONTEFORTE / AFP

Depuis quand es-tu fan de la Roma ?

Mon histoire avec l’AS Roma a commencé quelques semaines avant le dernier scudetto du 17 juin 2001. J’ai fais un voyage à Rome en avril 2001 alors que j’avais 11 ans pour rendre visite à mon grand-oncle qui habitait là-bas depuis plusieurs années (il était professeur dans une école catholique de Rome, “les Frères de Lamenais”). Je suis d’abord tombé amoureux de la ville. En rentrant en France, je regardais les résultats des matchs de la Roma dans les journaux. Je m’y intéressais de plus en plus, pour vraiment suivre la Roma quotidiennement à compter de la saison 2004/2005 (la pire de ce début de siècle sportivement), notamment via le forum V Legion.

Quand as-tu pour la première fois vu ton équipe au stade ?

C’est arrivé assez tardivement, puisque c’était en fin de saison 2009/2010. Une victoire face à l’Atalanta au Stadio Olimpico. Il s’agissait d’un match particulier, puisque la veille l’Inter avait perdu sur la pelouse de la Fiorentina, et donc ce succès donnait à l’équipe de Ranieri la place de leader du classement à 5 journées de la fin. Derrière on remporte le derby puis… on chute à domicile avec le célèbre 2-1 face à la Sampdoria et le doublé de Pazzini qui nous fait perdre le titre.

Et depuis, fais-tu souvent des déplacements en Italie ?

Disons que j’ai pris l’habitude de faire des déplacements via le mouvement Ultra en France, où durant deux saisons je faisais très régulièrement des déplacements (une dizaine chaque année sur les 18) avec un groupe de supporters du Stade Rennais. A l’époque cela était en voiture, J9 (les mini-bus de Peugeot avec 3 rangées de 3 sièges) ou bus. Aujourd’hui pour la Roma cela se fait principalement en avion. Parfois c’est tout seul, parfois on part à plusieurs, ou encore d’autres fois je retrouve des amis romanisti sur le lieu du match. Depuis trois années j’en fais environ 4-5 par saison.

Vas-tu aussi les voir à l’entrainement ?

J’ai eu l’immense chance de rentrer une fois à l’intérieur de Trigoria, sur invitation de Rudi Garcia (grâce à notre site Cesololaroma et le fait que l’on s’était brièvement rencontrés lors d’un passage à beIN Sports), d’être au contact des joueurs, de voir une partie de l’entraînement. Mais pour le reste cela n’est pas possible, le centre d’entraînement n’étant pas adapté au fait que les tifosi puissent rentrer, n’ayant pas de tribunes autour des terrains. Seule la pelouse synthétique utilisée par la Primavera est composée d’une tribune.

Cela t’arrive-t-il de faire des déplacements hors d’Italie pour voir la Roma ?

La majorité de mes déplacements sur les trois dernières années ont été faits en Coupe d’Europe (Manchester City, Barcelone, Real Madrid, Austra Vienne, Chelsea). Notamment parce que la Curva Sud était en grève à l’Olimpico durant deux bonnes années, et aussi que cela amène une adrénaline supplémentaire que de suivre son équipe à l’extérieur. J’ai aussi fait dernièrement plusieurs déplacements en Italie : Atalanta, Bologne, Juventus, Milan.

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Si la Roma joue en France, vas-tu les voir ?

Cela n’est pas arrivé souvent. J’avais été voir la Roma au Tournoi de Paris en 2009 sous Ranieri, au Parc des Princes. C’était sur deux jours, on s’était retrouvés avec de nombreux tifosi francophones, on avait notamment rempli une voiture pour aller de Rennes à Paris. Je n’avais pas fait le déplacement à Gerland lors du 8ème de finale retour de Champions League, étant trop jeune (il a donc raté le passement de jambes humiliant de Mancini sur Réveillère, le pauvre), ni celui à Bordeaux face à Laurent Blanc. J’ai par contre été voir la saison passée le match au nouveau stade Lyonnais, nous sommes partis à trois de Rennes, en prenant un vol direct Nantes-Lyon.

Et les équipes de jeunes, tu les suis ?

À la TV, pas beaucoup car c’est difficile. Même si Roma TV diffuse tous les matchs de la Primavera et que la chaîne est disponible gratuitement sur le site officiel. Mais globalement j’adore suivre les équipes de jeunes du centre de formation, voir leur progression au fil des années. Sinon cela fait trois ans que nous avons la chance de suivre les U10 de la Roma au tournoi international Europoussins de Pleudihen (à moins d’une heure de Rennes). On a eu la pssobilité de voir à l’oeuvre trois générations, dont une qui a rejoint la finale la première année, et d’être en juin dernier leur référent durant le week-end. On devait dire à l’équipe à quelle heure elle jouait, sur quel terrain, à quel moment ils devaient manger…

Arrives-tu à accorder ta vie professionnelle/privée avec cette passion ?

J’ai la chance d’avoir un travail qui me permet de poser assez facilement des congés (plate-forme téléphonique, et faisant souvent des déplacements hors périodes scolaires). Et par chance, l’avion offre des coûts assez attractifs.

Pourquoi avoir créé le site Cesololaroma ?

C’était une décision collective et un complément de notre forum en 2007. Puis il a été délaissé environ 2 ans et j’ai eu l’idée de le ré-ouvrir en 2011. C’était l’envie d’informer, et ça m’a permis d’apprendre l’italien sur le terrain, puisque je n’ai jamais pris de cours à l’école. Pendant très longtemps, beaucoup de tifosi qui me connaissaient un peu ne savaient pas que j’étais derrière le site et les articles, qui pendant longtemps n’étaient d’ailleurs pas signés. J’étais même presque gêné en déplacement de dire à des tifosi que c’était moi derrière le site. J’ai même refusé une proposition d’un journaliste connu français qui vit à Rome, qui m’aurait peut-être permis de percer, mais j’aurais perdu mon indépendance et tout le travail fait depuis ces années auraient été perdu.

Tu n’as jamais eu de « période sans » ou de baisse d’amour pour la Roma ?

Une saison que j’ai laissée un peu de côté, c’est 2008/2009. L’année scolaire après la terminale, passant en BTS, où tu quittes le cocon familial pour prendre ton appartement. C’est la seule saison où je n’ai pas suivi quotidiennement le club, et la seule saison où j’ai manqué pas mal de matchs. Mais cela n’était pas dû aux résultats du club, c’était juste le moment où tu profites pleinement de la vie !

Un mot sur la retraite de Totti ? Il était temps qu’il arrête ? 

À titre personnel je pense pour le bien de la Roma que c’était le moment d’arrêter. Même si Spalletti a mal géré son cas, on voyait bien que le cas Francesco Totti passait avant le cas Roma, et que les résultats passaient presque après le sujet Totti. Il aurait pu jouer jusqu’à 50 ans en rentrant de temps en temps, mais un joueur d’une telle envergure ne peut pas passer une grande partie de son temps sur le banc, il aurait été malheureux. Pour dire la vérité, la dernière larme que j’ai versée a été durant son discours d’adieu après le match du Genoa. Je pense que la Roma a plus de chance de gagner le Scudetto avec Totti dirigeant qu’avec Totti encore dans l’effectif. Je suis sûr qu’il apportera énormément aux joueurs et aux actuels dirigeants, de par son expérience et sa connaissance de l’environnement. Son aventure avec la Louve est loin d’être finie.

Et Rudi Garcia ? A-t-on été sévère avec lui ?

Je ne pense pas que l’on est sévère. Rudi Garcia a fait une première saison exceptionnelle, surtout quand on pense qu’il arrive au lendemain de la finale de Coupe d’Italie perdue face à la Lazio, et que l’on vend Marquinhos et Lamela à son arrivée. Déjà la deuxième saison a été compliquée. On avait démarré très fort, puis la défaite 3-2 sur la pelouse de la Juventus (avec 3 buts qui auraient pu/dû être refusés) et celle 7-1 à domicile face au Bayern ont semblé casser la machine. On a assuré la deuxième place en championnat, mais la phase retour de Serie A a été dégueulasse à voir : aucun fond de jeu. On sort en Europa League en perdant 3-0 à domicile face à la Fiorentina.

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Puis il y a eu des brouilles avec Pallotta. Avec du recul, Garcia aurait sûrement dû partir de lui-même au terme de cette seconde saison. La phase aller de la troisième saison a été dans la lignée de la fin de la seconde. Aucun fond de jeu, tout basé sur les quelques individualités. Pour être honnête, il a même eu de la chance de tenir aussi longtemps, il aurait du être limogé quelques matchs plus tôt. Tout n’est pas tout blanc ou tout noir. Il a fait 18 très bons mois et 12 mauvais.

La Roma fait un gros début de saison. Qu’en penses-tu ?

J’ai dès le début pensé que Di Francesco était l’homme de la situation, et qu’il pouvait être un entraîneur d’avenir, comme l’ont été Allegri ou Conte en coachant d’abord un petit club (respectivement Cagliari et Sienne). Je savais aussi qu’il faudrait du temps pour que les joueurs assimilent sa méthode, avalent la grosse préparation physique. On se rappelle que le début de l’aventure de Di Francesco à Sassuolo a été chaotique : viré dès la première saison, puis repris ensuite et il a posé ses propres conditions pour revenir. Plusieurs joueurs de Sassuolo ont déclaré avoir eu du mal au début, puis se sont éclaté quand ils ont assimilé ses idées. L’arrivée de Pellegrini et Defrel, qui connaissent les mouvements qu’il demande, a dû aider à l’assimilation des autres joueurs. Pour le Scudetto, cela sera difficile car il y a plusieurs locomotives devant qui ne lâchent pas de points (Napoli, Juventus, Inter). L’objectif est déjà de recoller à ce top 4 (composé aussi de la Lazio), et on verra vers mars ce qui est possible. Déjà accrocher la Champions League (4 première places), puis lâcher les chevaux pour le titre.

Pour la LDC, on est invaincus sur cette phase aller, et on aurait mérité de l’emporter sur le terrain de Chelsea (entretien réalisé avant le match retour fou remporté 3-0 contre Chelsea). On a notre destin en mains. D’ailleurs, le jour du tirage au sort, malgré qu’il était jugé comme le groupe de la mort, j’étais plutôt confiant : nous sommes meilleurs à affronter des collectifs et des équipes qui misent beaucoup sur l’intensité comme le sont celles de Simeone et Conte. À l’inverse, on a beaucoup plus de mal à rivaliser face à des équipes qui pratiquent un “football total”, comme le FC Barcelone,  le Bayern Munich ou Manchester City dernièrement.

Le mercato n’était pas très sexy, mais pour l’instant la Roma n’a pas à se plaindre malgré les départs de Salah et Rudiger. Bizarre non ?

Encore une fois, pour moi il n’y a rien de bizarre. On a pris Di Francesco pour mettre le collectif avant les individualités, et aussi parce que le Mister a toujours été un adepte du turnover, contrairement à Spalletti qui laissait tout le temps le même 11 de départ et qui misait tout sur quelques individualités. Certes, on a perdu 2 joueurs très importants, mais on a récupéré quelques joueurs d’expérience, tels que Kolarov ou Gonalons. On a aussi fait de gros investissements qui s’ajouteront à l’équipe actuelle : Karsdorp (qui s’est gravement blessé au genou) et Schick, tout proche de rejouer. On change la moitié de l’équipe à chaque rencontre, et les résultats continuent de suivre malgré tout. On a peut-être perdu sur le 11 type (même si ça reste à prouver), mais on a amélioré l’effectif en doublant les postes.

La Lazio, ça t’inspire quoi ?

Il existe un rapport qui n’est pas réciproque. Excepté la semaine du derby, nous (joueurs et dirigeants) ne parlons jamais de la Lazio. À l’inverse, les biancoceleste parlent très régulièrement de nous dans des interviews, notamment le président Lotito, comme s’ils avaient un complexe d’infériorité. Ma première pensée est que tant que l’on finit devant eux au classement, leur place m’importe peu. Je pense même que ça m’embêterait de les voir en Serie B (ce qui avait failli arriver la saison 2009/2010), et je suis plutôt content de les voir dans le haut de tableau, encore une fois dès lors que l’on est devant eux. Après, bien évidemment, mon week-end est encore plus réussi si l’on gagne et que eux perdent leur match de leur côté. Par exemple, il se peut que la Curva Nord soit fermée durant le prochain derby. Si ça nous avantagera sportivement, ça me désolerait un peu au niveau de l’ambiance, d’autant que ça sera mon premier derby à l’Olimpico.

Quel est ton meilleur souvenir lié à la Roma ? Et le pire ?

L’adieu de Totti est, paradoxalement, le meilleur et le pire souvenir pour les émotions que ce moment m’a donné, également par rapport au scénario dingue du match et ce but de Perotti offrant la Champions League à la dernière minute. Sinon le pire reste évidemment la défaite en finale de Coupe d’Italie face à la Lazio. Parmi les meilleurs souvenirs, la série de 11 victoires consécutives sous Spalletti. Et un autre, qui peut paraître insignifiant, fut un match de Coupe d’Italie gagné dans un scénario dingue sur le terrain de la Fiorentina lors de la saison (catastrophique) 2004/2005 : la Roma finit le match à 9 contre 11, avec Bruno Conti entraîneur. On avait arraché les prolongations et gagné aux tirs au but sur une très longue série, avec le jeune Gianluca Curci dans la cage. C’était une sorte d’exutoire vu le classement en championnat.

Tu dirais que la Roma représente quoi pour toi ?

La Roma c’est mon pain quotidien, au réveil on ouvre l’actualité du club, et avant de dormir idem. Puis c’est une passion globale : autant le club que la ferveur des tifosi, en passant par la ville. Même si avec la gestion du site internet, cela m’a fait prendre du recul, l’humeur les lendemains de match varie beaucoup entre une victoire et une défaite. Et parfois avant certaines très grosses affiches, tu ne penses qu’à cela dans la journée au travail. Un match de la Roma passe avant toute chose.