Pourquoi le Napoli doit s’inspirer de Gomorra

Pourquoi le Napoli doit s’inspirer de Gomorra

23 novembre 2016 1 Par SAMA

Depuis de nombreuses années, l’Italie a du mal à s’exporter hors de ses frontières, que ce soit dans le domaine du football ou de la culture. Seule exception, la série Gomorra, véritable succès international 100% italien réalisé à Naples et tourné avec des acteurs de la région. Une réussite qui devrait inspirer le Napoli.

gomorraDemandez à un fan de séries télévisées quelles sont ses 5 préférées. Si les réponses varieront forcément selon les goûts, certaines séries seront citées 95% du temps : True Detective, GOT et… Gomorra. À coté des deux grosses productions anglo-saxonnes se glisse donc cette série de deux saisons (pour l’instant) consacrée à l’univers de la mafia dans la région de Naples.

Ultra-réaliste, ni critique ni admiratrice de ses personnages, Gomorra a vu ses droits vendus dans 130 pays. En Italie, les acteurs jusque-là inconnus sont devenus d’immenses stars. En France, chaque épisode a réuni plus d’un million de spectateurs sur Canal+ et dans plusieurs pays européens son audience a dépassé celle de Game of Thrones. Cette réussite folle s’appuie sur plusieurs paramètres, qui peuvent être transposés aux clubs de football. Et notamment au Napoli.

Faire confiance aux jeunes de la région

Pour illustrer le thème de la mafia napolitaine, la Camorra, les têtes pensantes de la série ne sont pas allées chercher très loin. Écrite par un Napolitain (Roberto Saviano), réalisée en majorité par des Napolitains, Gomorra est jouée à 90% par des acteurs de Naples ou de ses environs. Ainsi, les interprètes de Ciro di Marzio (Marco d’Amore), de Don Pietro Savastano (Fortunato Cerlino), de Gennaro Savastano (Salvatore Esposito), de Salvatore Conte (Marco Palvetti), de Donna Imma (Maria Pia Calzone) ou encore de Patrizia (Cristiana Dell’Anna) sont tous du cru napolitain, parmi tant d’autres.

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Fortunato Cerlino et Sarri. La ressemblance est frappante

Un point qu’avançait avec fierté Salvatore Esposito (Gennaro Savastano) dans une interview récente : “300/400 acteurs évoluent dans Gomorra, professionnels ou non, et la grande majorité vient de Naples. C’est la preuve qu’il y a un vivier énorme dans la Campanie (région de Naples”). Plus fort : la plupart de ces acteurs étaient inconnus du grand public avant la diffusion de la série et sont devenus des vedettes. Durant le tournage (en grande partie fait à Naples), la population locale a plébiscité le projet, comme le racontait Marco d’Amore (Ciro di Marzio) : “ Chaque jour jusqu’à 5 heures du matin, cinq cents à six cents personnes nous suivaient. C’était une coexistence paisible car le tournage booste l’économie locale. Mais il apporte aussi une forme de normalité à ces quartiers. »

Exactement ce qu’il manque au Napoli. Une proximité avec sa population et une confiance en son vivier. Dans l’effectif du club, seuls deux joueurs sont nés dans la région de Naples : Lorenzo Insigne, milieu offensif important et Luigi Sepe, remplaçant jamais vu. Pourtant, comment croire qu’à Naples et plus généralement dans le sud de l’Italie, où seul le football peut faire oublier une pauvreté bien plus présente que dans le nord, la jeunesse ne regorge pas de futurs grands talents ? De potentielles légendes pour le SSC Napoli ? Une question qui ne semble absolument pas intéresser la direction du club, qui préfère allègrement se tourner vers le marché des transferts et délaisse totalement la formation et la supervision des jeunes.

La communication

Si c’est son authenticité qui a permis à Gomorra de séduire le monde entier, il a d’abord fallu se faire connaître. Les deux agences italiennes ayant produit la série, Sky Atlantic et Cattleya, ont misé sur une communication sobre mais efficace pour diffuser leur projet. Twitter, Facebook, teasers, bandes annonce folles, mini-interviews des acteurs, présence dans les médias et en même temps un coté cachottier ont permis à la série de se dévoiler tout en se laissant désirer, que ce soit par la jeunesse ou par un public plus âgé. Bref, elle a su s’adapter à ses différents publics et donner envie à la planète.

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Un procédé totalement inconnu du Napoli, dont les pages Facebook et Twitter paraissent assez vides et le site internet vieillot et dont la stratégie marketing causerait une crise cardiaque dans toute agence de communication digne de ce nom. Surtout, du club émane une communication très à l’ancienne, absolument pas adaptée à son public souvent jeune et à l’économie mondiale. Un constat encore plus flagrant à l’internationale, où le Napoli est tout simplement absent. À quand des partenariats sur différents continents pour développer l’identité de Naples ? À quand de vraies tournées internationales et de grandes campagnes de communication pour augmenter l’attrait du club ?

Modernisation

Évidemment, la réputation et l’argent ne font pas tout dans le football. Heureusement. Mais quand même. Naples affiche un chiffre d’affaires 2 fois et demi inférieur à celui de la Juventus et pointe seulement à la 30ème place européenne en terme de revenus. Beaucoup trop peu pour espérer s’installer à moyen terme parmi les plus grosses écuries du vieux continent. Beaucoup trop peu également pour envisager sereinement une rénovation du San Paolo ou la construciton d’un nouveau stade, alors que l’actuel offre une moyenne de remplissage atteignant peiniblement les 38% et un niveau de vétusté dommageable.

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Assez triste, surtout quand on connait la ferveur napolitaine pour le club de la ville et son amour du football. À cela, certains répondront que la culture italienne a toujours eu tendance à être nostalgique, à regarder vers le passé plutôt que l’avenir. Peut-être, une partie. Mais la culture italienne sait aussi garder son “italian touch” dans la modernité, comme le prouve Gomorra. Qualité d’image, séquences ultra réalistes, travail léché de photographie, effets spéciaux justes et discrets… La réalisation italienne a su concilier tradition et nouveauté, pour le meilleur, loin des téléfilms italiens dont la qualité d’image laisse croire qu’on est encore dans les années 1990.

Pour le Napoli, c’est la même chose. Certes, les années 1990 représentent une période glorieuse de l’histoire, Maradona reste le meilleur joueur du club et le San Paolo de l’époque ferait rougir de honte les stades affichant la plus folle ambiance en 2016. Mais le temps a passé. Maradona est devenu gros et ne joue plus au football, le San Paolo ne fait quasiment plus jamais de guichets fermés et ce Napoli 2016 joue un football remarquable. Il serait temps que l’équipe ait une direction, des infrastructures et une enceinte dignes de son époque et de son niveau.

@nicolas_basse