Les leçons italiennes

28 juin 2016 2 Par SAMA

En battant l’Espagne 2-0, l’Italie a livré une belle leçon de football défensive mais aussi offensive. Une ode à la simplicité. Garanti sans arrogance ni triomphalisme.

Depuis qu’on avait annoncé comment et pourquoi l’Italie battrait l’Espagne, la pression n’avait cessé de monter. On ressassait la finale perdue 0-4 en 2012, on se disait qu’offensivement, l’Espagne, c’était quand même fort. Que l’Italie aimait subir, mais risquait de ne pas voir le jour… Et puis ça a été l’heure du match. Et les Italiens ont joué au football.

Défendre : la base

N’en déplaise aux amateurs de défenses passives et de spectacle au rabais, bien défendre, c’est tout un art. Un art qui se transforme en chef-d’oeuvre quand ce sont Antonio Conte et les Italiens qui sculptent un 3-5-2 de fer. Qui aurait encore l’audace de nier que le trio Chiellini-Bonucci-Barzagli est le meilleur du monde ? Eux qui n’ont pris aucun but (tout comme Buffon, remplaçant contre l’Irlande) depuis le début du tournoi ? Duels aériens, face-à-face, anticipation, remontées de balle, ligne du hors-jeu, interceptions (22 pour l’Italie contre 9 coté Espagne)… Leur palette est immense.

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Heureusement, ils n’étaient pas seuls pour ce huitième de finale contre les Iniesta, Morata, Nolito et autres David Silva. Devant eux, Daniele De Rossi a fait son travail de sentinelle à merveille et même un peu plus, puisqu’il a également orienté le jeu de l’Italie vers l’avant sans aucune fausse note. Sur les cotés, De Sciglio et Florenzi ont étouffé Juanfran et Jordi Alba, totalement invisibles durant les 90 minutes. Enfin, au milieu, Giaccherini et Parolo ont personnifié le terme abnégation, avec des courses à n’en plus finir et un pressing incessant. Et indécent d’intelligence. Ajoutés à cela les replis d’Eder et de Pellè, l’Italie a pu faire ce qu’elle préfère : subir avec patience (et sérénité).

Avoir le ballon : un luxe inutile et ennuyeux

L’Italie a donc passé la majorité de son temps à défendre et n’a eu que 38% de possession durant son match contre l’Espagne. Pourtant, il faudrait vraiment être de mauvaise foi pour rejeter ce constat : en plus des deux buts, les Italiens se sont procurés bien plus d’occasions que les Espagnols, dont les seuls faits d’arme restent un poteau en position de hors-jeu et trois frappes repoussées facilement par Buffon. La possession, c’est bien joli, mais il faut voir ce qui est fait avec. 553 passes pour les Espagnols… Pour combien de dangereuses ? Aucune, contrairement à l’Italie qui, quasiment à chaque relance rapide, parvenait à mettre l’Espagne sous pression et se procurait des situations de centre ou de frappe.

Pellè “crucifie” l’Espagne – Lopez/AFP/Getty

Coté spectacle, le constat est le même. Les Italiens n’ont pas eu besoin d’avoir beaucoup le ballon pour faire se lever le stade à de nombreuses reprises, avec des courses folles, des contres éclairs et des frappes inquiétantes, alors que les Espagnols n’ont fait que tourner en rond, à moitié à l’arrêt, à la recherche d’une solution jamais arrivée, frustrant le public à toujours tenter un décalage de plus (de trop) plutôt que de lâcher une bonne vieille frappe.

Le style : pivot et jeu en triangle à l’honneur

Offensivement, ou du moins en possession du ballon, la Nazionale s’est appuyée sur ses deux forces majeures. Pour les sorties de balles sous pression ou avec du temps, les joueurs d’Antonio Conte ont largement utilisé le jeu en triangle. Une méthode assez simple permettant d’éliminer un ou deux adversaires et favorisée par le 3-5-2 de Conte. Avec De Sciglio et Florenzi sur les cotés, aidés si besoin par Chiellini à gauche et Barzagli à droite, les Italiens se sont servis de Bonucci et de De Rossi comme points d’appui centraux. Résultat : seules de très rares relances ont été perdues en début de seconde mi-temps, avec la folle pression espagnole.

Dans la moitié de terrain adverse, le jeu en triangle a aussi été quelques fois choisi pour se défaire d’un adversaire et terminer par un centre. Mais Antonio Conte a surtout privilégié, comme depuis le début de l’Euro, le jeu en pivot proposé par Pellè. Dans les airs ou dans les pieds, souvent dos au but, l’attaquant de Southampton a gagné plus de 90% de ses duels. Mieux, il a réussi à délivrer de nombreuses passes (notamment celle en Madjer pour Eder), déséquilibrant totalement la défense de la Roja, prise de vitesse. Encore une fois, quand un système est parfaitement huilé et appliqué, pas besoin de faire compliqué pour dérégler une des meilleures équipes du monde avec une défense composée de très grands joueurs.

L’essence du football : l’esprit d’équipe

Ballon d’or, meilleur 11 de la FIFA, de l’UEFA, des internautes, meilleur buteur, joueur le plus cher… Rappeler que le football est un sport collectif et non pas individuel est-il désuet ? En tout cas, l’équipe d’Italie n’a pas eu besoin d’en parler pour le prouver sur le terrain. Si cet esprit d’équipe a toujours fait la force de la Nazionale, Antonio Conte a mis le sens du sacrifice et du collectif au-dessus de tout. Dans sa préparation et dans ses discours. Évidemment, l’absence de star aura conforté le Mister dans son choix. Et c’est tant mieux.

Rarement ces dernières années une équipe d’Italie aura été si plaisante à regarder. Défendant ensemble, se déplaçant ensemble, se sacrifiant à la moindre erreur d’un coéquipier. À les voir, on se souvient que rien n’est plus fort qu’un groupe uni. C’est beau. Et c’est ça, le foot.

Maintenant, il ne s’agissait “que” des huitièmes de finale. Le parcours est encore long et commence avec la terrible Allemagne. Si l’Italie n’a jamais perdu contre eux en compétition officielle et vient de battre le tenant du titre, il faudra une fois de plus s’appuyer sur la simplicité et les valeurs vues ces dernières semaines. Il serait étonnant que les Italiens en fassent autrement.

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@nicolas_basse