Et si la défaite de la Juventus avait du bon ?

Et si la défaite de la Juventus avait du bon ?

11 juin 2015 5 Par SAMA

Après 90 minutes de souffrance, d’espoirs, de décisions arbitrales plus ou moins contestables, de simulations grotesques de l’adversaire et malgré une hégémonie pure et simple dans les tribunes, la Juventus de Turin a perdu la finale de la Champions’ League 2015 contre un FC Barcelone insupportable. De quoi être triste, mais aussi rassuré dans son identité.

La question peut paraître étrange. Se réjouir d’une défaite ? Surtout que voir son équipe perdre en finale de Ligue des Champions n’a pas fait vraiment plaisir. Et même, lorsqu’il s’agit de s’incliner contre des Barcelonais plongeurs, râleurs, parleurs, arrogants, insupportables et quasiment bénis par l’arbitre, une forme de haine a pu apparaître par moments. Évidemment, ce match n’enlève rien à l’année exceptionnelle des hommes d’Allegri : un championnat survolé, une coupe arrachée contre une vaillante Lazio et un parcours Européen de plus en plus convaincant au fil des matchs en sortant Dortmund, Monaco et le Real Madrid (que tous les consultants et “journalistes” sportifs donnaient largement gagnant), mais la Juve avait les armes pour titiller l’ogre Barcelonais, arrivé en finale en possession des scalps du Paris-Saint-Germain et du terrible Bayern Munich.

Ce qu’elle a fait. Elle a su égaliser et faire douter Messi and Co pendant une bonne partie du match avant de perdre dans les dix dernières minutes. On le redoutait. Le résultat ? Pirlo en pleurs, Pogba touché, Padoin abattu. Ce qui n’a pas empêché des milliers de tifosi d’aller fêter leurs héros émus  à l’aéroport de Caselle. Mais, après les larmes, vient le temps de la projection. Et si cette finale perdue n’était pas mauvaise pour le club ? Déjà, soyons un peu ras de terre, pas de regret sur le plan financier. Grâce à son parcours en Europe, les poches zébrées (et bien rangées par le président Agnelli et le directeur sportif Marotta) de la Juventus vont récolter 58 millions d’euros de primes versées par UEFA, soit plus que n’importe quel autre participant. Un régal. Remporter la finale n’aurait rapporté “que” 4 millions de plus, autrement dit rien tant les dirigeants sont de fins gestionnaires.

Mercat au calme

D’ailleurs, le recrutement est déjà en cours et mené d’une main de maître sur toutes les lignes. Au menu : Khedira arrive en fin de contrat (et donc gratuitement) du Real Madrid pour 4 saisons, le jeune défenseur ultra prometteur Rugani revient d’Empoli où il était prêté (fier d’une saison exceptionnelle en affichant le plus grand nombre de duels remportés et 0 cartons pris) et la pépite Dybala débarque pour 32 millions d’euros (plus bonus) de Palerme. Tout cela alors que le marché des transferts vient juste d’ouvrir. Un ou deux attaquants supplémentaires sont évoqués (Zaza et Berardi appartiennent à la Juventus, Cavani et Mandzukic sont pressentis), Neto devrait devenir la doublure de Buffon et le club serait à la recherche d’un milieu de terrain (Witsel ? Oscar ? Nainggolan ?).

Coté départs, rien de sûr, même si Llorente devrait partir. Le dossier Pogba ne bouge pas vraiment et les dirigeants attendent les décisions de Tevez et de Pirlo sur leur avenir. Si l’Apache pourrait être tenté par une pige grassement rémunérée (Atletico ou PSG) avant de revenir en Argentine, Andrea Pirlo doit faire un choix : partir à 36 ans en MLS et devenir la superstar d’un club ou rester à Turin avec la certitude qu’il passera de plus en plus de temps sur le banc. Pas sur que le Maestro accepte un rôle de doublure de luxe. En tout cas, la défaite de la Juventus n’altère en rien les capacités financières du club.

Identité

Mais cette défaite a réveillé l’identité même du club, touché la corde sensible. Car la déception est un peu inscrite dans les gènes de la Juve et ses supporters le savent : soutenir une équipe qui gagne beaucoup mais dont les grandes saisons sont ponctuées d’une défaite cruciale a quelque chose d’incroyablement romantique. En 8 finales de LDC, les bianconeri en ont perdu 6, et toujours de peu. Contre le Borussia Dortmund en 1997 (3-1), contre le Real Madrid en 1998 (1-0) ou encore en 2003, aux tirs au but, contre l’AC Milan. La frustration fait partie de l’histoire de la Vieille Dame. Qu’importe, les tifosi de longue date se rappelaient ces jours-ci qu’il y a 8 ans, leur équipe remontait tout juste en Serie A après l’affaire du Calciopoli. Très peu auraient parié que leur club se hisserait en finale de Ligue des Champions si tôt, mais tous ont su souffrir et attendre par fidélité pour leur club. Finalement, cette défaite contre Barcelone tourne définitivement la page des années sombres et annonce le retour de la Vieille Dame sur la scène européenne à long terme.

Bien conscients de ce retour rapide, certains supporters Juventini ont pu, presque, a posteriori, se satisfaire de cette défaite, ou au moins en sourire. Parce que cette finale, au fond, c’était la confrontation avec une autre idée du football. Barcelone. Cette hype mondiale à vomir, avec ses hordes de millions de spectateurs du monde entier tout juste bons à agiter des drapeaux à la fin du match, n’ayant d’yeux que pour Messi et Neymar et se vantant d’apprécier le soit-disant “beau jeu”. Tout ce que les Juventini n’aiment pas. Parce que si elle a des fans un peu partout en Europe, la Juventus n’attire que les fervents. Les connaisseurs. Ceux qui savent souffrir. Et le Juventino est jaloux, très sensible et attaché à certaines valeurs. Jamais il ne supporterait que son club se mue peu à peu en multinationale du football pour spectateurs ignares avides de victoires écrasantes, ce qui pendait au nez de la Juventus si elle réalisait le triplé magique. Que le Juventus Stadium soit aussi amorphe que le Parc des Princes ? Non merci. Alors, pour qu’on ne dépossède pas de l’identité de son club, le Juventino doit accepter la perte d’une finale de Ligue des Champions. L’âme d’un club n’a aucun prix.