Pourquoi la Serie A est (toujours) le meilleur championnat du monde

Pourquoi la Serie A est (toujours) le meilleur championnat du monde

15 octobre 2014 11 Par SAMA

Considéré comme le meilleur championnat dans les années 90, la Serie A pointe désormais à la 4ème place du classement UEFA derrière la Liga, la Premier League et la Bundesliga. Le Calcio parait moins prestigieux, spectaculaire et compétitif que ses concurrents européens et suscite peu d’engouement. C’est simple, chez les amateurs de football, aucun ne répondra qu’il juge le championnat Italien comme son préféré ou comme le meilleur. Voilà pourquoi ils se trompent.

Avant de montrer pourquoi la Serie A reste le meilleur championnat du monde, un petit retour en arrière s’impose.

Décennie magique

A l’aube du XXIème c’est une évidence, la Serie A domine l’Europe, et de loin. Sur les 22 finales de coupes Européennes (UEFA + Ligue des Champions) disputées entre 1989 et 1999 les chiffres sont éloquents : 12 clubs Italiens vainqueurs, 11 finalistes malheureux et 4 joutes 100% Italiennes. Parmi ces équipes, le grand Milan d’Arrigo Sacchi, la Juventus de Lippi, la Sampdoria de Boskov ou encore le Parme phénoménal de Carlo Ancelotti. Une décennie marquée par la révolution Sacchi au Milan avec son pressing tout terrain et la rigueur défensive sans faille des clubs de Serie A. Zidane, Ronaldo, Figo, Deschamps, Maldini, Van Basten, Bergkamp, Baggio, Weah, Matthaus, Thuram…tous les plus grands joueurs évoluent en Italie.

Buffon, Thuram, Veron, Crespo, Nesta, Cannavaro...

Parme 1999, avec Buffon, Thuram, Veron, Crespo, Cannavaro…

Retour à la normale

La parenthèse de domination sans partage du football Italien se referme au début des années 2000 avec le renouveau du Real Madrid, du FC Barcelone et la montée en puissance des clubs Anglais. Malgré ce rééquilibrage sur la scène Européenne, le Milan d’Ancelotti se hisse trois fois en finale pour deux victoires. En 2003 avec un Shevchenko magique contre…la Juventus et en 2007 emmené par Kaka et avec Inzaghi double buteur contre Liverpool, revanche de la folle finale perdue contre les Reds deux ans plus tôt.

Cafu, Seedorf, Nesta, Maldini, Gattuso, Kaka, Inzaghi. Champions

Cafu, Seedorf, Nesta, Maldini, Gattuso, Kaka, Inzaghi. Champions 2007

En 2010, c’est au tour de l’Inter de Mourinho de gagner la “coupe aux grandes oreilles” en éliminant le Barça pourtant ultra favori en demi et en étouffant le Bayern avec un doublé de Diego Milito en finale. Depuis, pas grand chose. Un quart de finale pour le Milan en 2011 et un quart pour la Juventus en 2012, perdu contre le futur vainqueur Bavarois.

Désintérêt général

La perte d’intérêt de la Serie A ne peut pas s’expliquer uniquement par trois années de disette continentale. Les “affaires” retentissantes, les stades vieillissants, les difficultés financières et le racisme latent ont affaibli les clubs et provoqué une baisse du nombre de spectateurs dans les stades. Une tendance renforcée par la fuite des talents en partie causée par le PSG : Sirigu, Verratti, Thiago Silva, Marquinhos, Thiago Motta, Pastore, Cavani, Lavezzi, Ibrahimovic…un recrutement made in Série A. Contrairement aux autres championnats majeurs, le Calcio n’a pas su prendre au bon moment le virage des années 2000, aveuglé par l’euphorie du succès, à n’en plus pouvoir. Désormais, la Premier League, la Liga et même la Bundesliga paraissent plus attrayants que la Serie A, devenue quasi-confidentielle pour qui ne possède pas de chaines câblées.

Stéphane Guy, technique et kartofells

“Oh oui Marcel ! quelle action, quel spectacle, quelle rencontre !! Il n’y a qu’en Premier League qu’on peut vivre des instants magiques pareils. Vraiment, on se régale cet après-midi ! “. Vous l’avez reconnu, Stéphane Guy, présentateur sur Canal +. Ce genre de phrase, destinée à faire briller le produit Premier League encore détenu par la chaine cryptée (en dépit des avances de Bein Sport), il est capable de la sortir à tout moment, qu’il commente un Arsenal – Chelsea ou un West Ham – QPR (oui, ce type de match passe régulièrement sur Canal). Alors survendu, le championnat Anglais ? A première vue, il a tout pour séduire le téléspectateur avec ses stades remplis de gentils supporters assis, ses pelouses ” comme on en voit nulle part ailleurs ” et son fighting spirit qui consiste souvent à faire une course de 30 mètres (95% du temps trop courte) conclue par un tacle rageur afin d’empêcher le ballon de sortir en touche. Son Big Four (Arsenal, Chelsea, Man City et Man U) se montre très compétitif en Europe, aucun doute. Mais une fois ouvert ce magnifique écrin et mis de coté le Big Four, c’est le vide : des entraîneurs qui ne savent pas utiliser leurs recrues achetées des dizaines de millions d’euros et un style de jeu sans fondement tactique resté fidèle au kick and rush . Et que dire des défenses ” portes ouvertes ” dignes du championnat Brésilien…

Pour la Liga et la Bundesliga, le système est un peu le même. Deux machines qui dominent allègrement en Allemagne : le Borussia Dortmund et le Bayern Munich et trois en Espagne : le Barca, le Real Madrid et l’Atletico. Estampillé championnat le plus technique, l’Espagnol se révèle surtout très pauvre tactiquement et physiquement dès qu’on dépasse la 5ème place avec des matchs besogneux et des solistes se débrouillant comme ils peuvent. Quant à la Bundesliga, une fois ébahis par le monstre à deux têtes Bayern/Borussia, les spectateurs se retrouvent plutôt confrontés à des rencontres de niveau très moyen dignes du bas de tableau de L1, agrémentées il est vrai de délicieuses Kartofell de 35 mètres en lucarne.

Le renouveau

En retrait médiatiquement depuis quelques années, la Serie A n’a jamais vraiment plongé qualitativement et a tous les atouts pour revenir sur le devant de la scène. Les bases sont solides puisque l’amour du foot n’a pas disparu et la culture de la gagne est dans tous les esprits. Niveau finances, alors que les clubs majeurs des autres championnats dépensent sans compter, ceux d’Italie ont enfin compris que l’heure n’est plus à la folie et recrutent de manière intelligente en alliant les jeunes de formation et de post-formation avec des anciens briscards du championnat. Avec Montella, Conte, Allegri, Mazzari, Inzaghi ou encore Garcia, une nouvelle génération d’entraîneurs très ambitieux prend les rênes des grands clubs avec la volonté d’être compétitifs et de produire du jeu tout en restant fidèles à la grande rigueur tactique de la Serie A. Un effet ressenti l’année dernière avec pas moins de 2,71 buts/matchs, la meilleure moyenne d’Europe.

Football à tous les étages

Comme l’année dernière, le titre devrait se jouer entre la Juventus et l’AS Roma pour cette édition 2014-2015. En revanche, le reste du tableau parait très ouvert et sera l’objet d’une lutte sans merci. Pour l’Europa League, l’Inter, la Fiorentina et le Milan semblent un ton au dessus. Mais attention au Napoli encore en phase de rodage, à la Lazio toujours en demi teinte, à la Sampdoria qui réalise un début de saison canon ou à l’Udinese, spécialiste des fins de saisons folles. Là où se démarque réellement la Serie A des autres championnats Européens c’est sa densité puisque même les clubs plus modestes comme l’Hellas Verone, Palerme, le Torino, l’Atalanta ou le Genoa proposent un niveau de jeu au dessus des clubs de milieu de tableau Allemand ou Espagnol.

A l’assaut de l’Europe

Secouée par une élimination dès la phase de groupe l’année dernière, la Juventus est promise aux 8èmes de finales de la Champions League et a de quoi se faufiler dans le dernier carré en écartant de grosses écuries. La Roma pourrait de son coté créer la surprise. Annoncée pauvre victime du Bayern et de Manchester City dans le groupe de la mort, les joueurs de la Louve ont pour l’instant écrasé le CSKA Moscou 5-1 et plus que tenu tête aux Mancuniens à l’extérieur, 1-1. En attendant une double confrontation avec le terrible Bayern, les joueurs de Garcia ont déjà commencé à redorer le blason de leur club. A l’échelon inférieur l’Inter, la Fiorentina, Naples et le Torino paraissent prendre (enfin) la compétition au sérieux et poursuivent leur balade de santé dans leurs groupes respectifs. De quoi espérer voir des clubs transalpins aller loin, voire au bout de la compétition et ainsi démontrer que la Serie A est toujours un championnat important, et peut être le meilleur.

Le romantisme Italien

Mais finalement en Italie, le problème ne se pose pas. Là-bas l’important c’est que le football est une question d’amour, et d’orgueil. Comme son peuple, le football transaplin est à fleur de peau, chaud et sentimental. Dans les tribunes les supporters sont fous et entonnent des chansons émouvantes, une défaite ou une victoire a le don de changer leur semaine… Les commentateurs pourraient se montrer un peu moins passionnés, plus professionnels. Loin de là. Regarder un match en Italien, c’est l’assurance d’un spectacle vocal, d’un festival de superlatifs ou au contraire d’un silence de mort en cas de but de l’adversaire. Sur le terrain, pas pire, ou pas mieux. Les rivalités sont exacerbées, la tension palpable. Les clubs ont une vraie identité qui se transmet à chacun de ses joueurs.

Finalement, le football Italien pourrait se résumer à ces mots de Giorgio Chiellini et de Francesco Totti. ” Quitter la Juve ? Dans 2 vies, peut être. Parce que dans celle-ci je veux finir ma carrière à la Juve et dans la prochaine je veux faire ma carrière entière à la Juve. Ensuite, on verra “. ” Rome c’est ma ville, ma famille, mon amour. J’y suis né, j’y vis, j’y mourrai. Ailleurs, je serais triste à en mourir, peut importe l’argent ou que ce soit le Bayern, le Real Madrid ou Chelsea. D’ailleurs le football ce n’est pas mon métier, c’est ma vie”. 

Il Capitano

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