L’Amour du maillot

17 mars 2016 1 Par Nicolas Basse

Alors que le journal L’Équipe interrogeait récemment ses lecteurs sur l’existence de plus en plus rare de l’amour du maillot chez les joueurs, voici la preuve que certains considèrent encore le football comme une passion et non pas comme un métier.À l’heure où le football tourne définitivement la page de l’amateurisme et des valeurs qui ont contribué à sa création pour celle de l’argent toujours plus présent, des agents sans âme ni scrupules et de la rentabilité exacerbée, des poches de résistance tiennent encore chez quelques clubs Européens.

Au Barça, à Manchester ou encore à Munich, nombreux sont les joueurs ayant porté pendant des années leur maillot avec ferveur et dévouement. Xavi, Iniesta, Giggs, Scholes, Lahm ou encore Müller sont autant de footballeurs à n’avoir jamais trahi leurs supporters et à être respectés dans le monde entier pour cet attachement. Mais, bien que cela n’enlève rien à leur prestige, cette fidélité ne leur a jamais coûté la gloire ou les titres. Auraient-ils eu le même comportement dans un club au standing légèrement inférieur

Illogique

Ce sont justement dans ces clubs, Real Madrid, Manchester United, Barcelone et le Bayern Munich, que des joueurs ont refusé de signer. Parmi eux, on compte Francesco Totti, Claudio Marchisio, Marek Hamsik, De Rossi, Buffon… Tous étant dans le top 3 mondial des meilleurs à leur poste.

Pourquoi n’ont-ils pas suivi la logique évidente sur le plan de la carrière, du salaire et de la renommée et n’ont-ils pas rejoint les plus grands clubs du monde ? Certains évoquent le manque de confiance en soi. Un argument qui ne tient pas lorsque l’on connait un minimum le caractère de ceux-là. D’autres avancent  la peur de l’étranger. Une cause déjà plus convaincante quand on sait que l’Italien ne s’est jamais vraiment bien exporté. Mais il est ici question de champions qui auraient sans aucun doute réussi n’importé où.

Il existe encore des joueurs qui préfèrent perdre avec leur club de cœur plutôt que de gagner loin de chez soi

Alors quoi ? Pour quelle raison, de quel droit Francesco Totti est-il passé à coté d’une carrière monstrueuse au Real Madrid où il aurait récolté un Ballon d’Or (au moins) et deux Ligues des Champions ? Dans quel intérêt Claudio Marchisio n’a-t-il pas rejoint Manchester United où Sir Alex Ferguson l’a attendu tant d’années et où il aurait été un des joueurs les plus médiatiques du monde, trônant sur le toit de l’Europe et avec un salaire bien plus conséquent que celui limité par le Salary Cap de la Juventus ?

Parce que le romantisme existe encore, notamment en Italie. Parce qu’il existe encore des joueurs qui préfèrent perdre avec leur club de cœur plutôt que de gagner loin de chez eux. Parce que chez ces joueurs, un club n’est pas une entreprise mais une famille et parce qu’on leur a appris le respect et l’humilité. Parce qu’avant d’être footballeurs ils ont vibré en regardant leur équipe de cœur et ont toujours une pensée pour les milliers de gens qui les acclament. Parce qu’un enfant portant le maillot de leur club en admiration devant eux les touche au plus profond de leur etre. Évidemment, la culture du résultat est primordiale en Italie et seul gagner compte pour beaucoup. Mais derrière cette maxime sous-tend l’idée que ce n’est qu’avec son club que l’on joue. Chez soi. Avec les siens, qui sont plus que des coéquipiers.

Rêves

Un amour tellement fou que ces joueurs ont cru ou croient encore que leur rêve pourra se réaliser avec leur club, à l’instar de Francesco Totti ayant longtemps et secrètement espéré voir la Roma en finale de Coupe Européenne. L’amour rend aveugle, érige des buts inatteignables mais, surtout, rend heureux. Ces fidèles savent parfaitement que loin de chez eux, ils auraient dépéri de tristesse.

La Serie A, à son summum des années 1990 comme aujourd’hui, avec son coté désuet et sa discrétion médiatique, a toujours su cultiver cet esprit singulier d’attachement, que ce soit dans les petits clubs de seconde partie de tableau comme chez les principales équipes se disputant le titre. Et si nous aimons plus que tout Totti, Hamsik ou Marchisio, c’est justement parce qu’ils n’ont jamais quitté leur club de cœur. Humainement, cela les place dans le panthéon du football. Et c’est pour cela que nous vouons une passion éperdue au football Italien (et un grand respect pour les équipes d’autres championnats ayant cette fibre de fidélité dans les gènes).

@nicolas_basse